Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17/01/2021

Trente ans après avec le voeu de Mr Nicolas Hulot en ce début d'année 2021...

"J'ai une certaine aversion pour les anniversaires comme pour tout ce qui marque le temps qui passe. Ma Fondation pour la nature et l'homme a tout juste 30 ans ; trente ans d'engagement, presque une vie. Trente ans qu'avec son équipe, avec l'inestimable communauté scientifique qui nous a rejoints au fil de l'eau et les centaines de milliers de bénévoles qui nous ont soutenus, nous nous battons pour éviter le pire. Tout ça pour ça, pourrait-on dire si l'on regarde lucidement la situation d'aujourd'hui.

Comment des êtres dotés de capacités technologiques, intellectuelles, économiques sans précédent peuvent-ils assister à la gestation de leur plus grande tragédie?

Des phénomènes climatiques qui s'emballent et leur lot de souffrance, des pans entiers de biodiversité qui s'effondrent et, qui plus est, une humanité parfaitement informée qui s'engouffre dans des décennies sombres. Comment des êtres dotés de capacités technologiques, intellectuelles, économiques sans précédent peuvent-ils assister à la gestation de leur plus grande tragédie? Cette question me hante. Peut-être que, dans la confusion des maux, la vérité n'est pas audible, la réalité peu accessible? De plus, le faux fait de l'ombre au vrai et le futile submerge l'essentiel.
 
Trente ans qui donnent brutalement la mesure de l'effort déployé et d'une certaine manière mettent en exergue un bilan navrant : objectivement, nous avons à ce stade échoué! Echoué à nous épargner, à nous et à nos enfants, les affres mortifères de la crise écologique. Ce constat désolant ne laisse pas indemne. A défaut de résignation, la lassitude menace, la fatigue gagne ; demain, la honte peut-être, celle de ne pas avoir évité de déposséder les jeunes de leur avenir.Trente ans qu'avec d'autres, après bien d'autres, nous déployons tous les outils que nous offre la démocratie pour nous rassembler et nous mobiliser autour de la mère de toutes les causes. Sans relâche, en informant, en argumentant, en proposant, en innovant, en responsabilisant et sans jamais, je crois, céder à la facilité du verbe qui divise ou culpabilise, nous avons tenté de générer une énergie salvatrice et créatrice pour étreindre cette dure réalité. La conscience certes s'éveille, s'exprime même de plus en plus mais, je le crains, souvent pour mieux dissimuler la misère. Quand je vois les clichés, voire les anathèmes qui perdurent sur l'écologie et les écologistes, j'ai envie de hurler. Les mêmes qui ont nié les phénomènes pendant ces années précieuses où l'on pouvait agir plus calmement tournent en dérision les propositions que par exemple des citoyens consciencieux ont posées sur la table, sans jamais eux-mêmes proposer ou amender la moindre solution. Sans compter l'absence de leur part de la moindre expression d'un début de vision sur un modèle économique qui réconcilie environnement et social.
Quand certains nous rappellent que le chômage, la précarité sont d'autres urgences, comme si nous l'ignorions, là, j'ai envie de pleurer. Nous qui n'avons cessé de proclamer que l'écologie est un enjeu de justice et de dignité humaine. Quand certains défenseurs de l'environnement sont encore traités d'obscurantistes. Où est le progrès quand on sacrifie une génération à venir pour ne même pas sauver l'actuelle? En quoi un modèle économique qui génère et programme sa propre obsolescence en épuisant ses ressources vitales et sape jour après jour les équilibres subtils qui ont permis l'avènement de la vie sur Terre est-il un gage de progrès? Est-ce un indice même de civilisation quand nous sommes englués dans les filaments de nos propres découvertes ou technologies que parfois nous ne maîtrisons plus? En quoi ce mur entre nature et culture que nous érigeons chaque jour un peu plus nous émancipe-t-il? Un séparatisme tragique avant l'heure qui refuse d'admettre que nous sommes soumis aux mêmes lois biologiques que l'ensemble des êtres vivants.

Seul compte ce qui reste à faire et non ce que nous avons déjà fait ou pas
La crise sanitaire ne doit pas masquer la crise écologique, au contraire, elle doit l'éclairer. Les rudes épreuves subies et l'horizon trouble ne doivent pas nous livrer à la tentation d'ajourner encore nos efforts ou de les réduire. A l'inverse, l'expérience vécue, qui nous a brutalement confrontés à notre vulnérabilité et rappelé que la nature possède un pouvoir sur nous, nous enjoint et nous convainc d'agir avant la démonstration du pire et de tirer des leçons de nos atermoiements.
Si l'on veut conserver nos dernières chances, et choisir le jour plutôt que la nuit, l'heure n'est plus à la complaisance mais à l'exigence. Seul compte ce qui reste à faire et non ce que nous avons déjà fait ou pas. Nous avons désormais une obligation de moyens et de résultats. La situation est radicale et nous n'y ferons face qu'avec des instruments tout autant radicaux. Nous devons faire converger toutes nos forces et nos outils économiques, technologiques et juridiques pour organiser, planifier et opérer la mue d'un système périmé. Le 'coûte que coûte', version durable du 'quoi qu'il en coûte', s'impose pour éviter l'avalanche de souffrances humaines et d'externalités économiques négatives. L'écologie doit être le guide et le prisme de toutes les politiques publiques.

Ce n'est pas d'un peu plus d'agriculture biologique que nous avons besoin, c'est qu'à moyen terme elle devienne l'agriculture conventionnelle. Idem pour les énergies renouvelables. L'idée n'est pas de freiner l'artificialisation des sols mais bien d'en programmer le terme. Dans bien des domaines, l'effort n'est pas à la mesure. Un plan de relance dont seule une partie est affectée à la transition écologique sans se soucier de savoir si le reste des investissements converge et satisfait les mêmes objectifs n'est pas non plus à la bonne échelle. Nous sommes condamnés à un changement de matrice. 

C'est toute l'économie qui doit devenir sociale, solidaire et circulaire. Dans beaucoup de secteurs, c'est un changement de normes et de standards qu'il faut opérer avec le temps et surtout avec méthode. Y compris dans le domaine fiscal. Toute la fiscalité doit être écologique et encourager le vertueux et dissuader le toxique. Aucun euro public ne peut être détourné du bien commun. C'est à ce prix que nous pourrons reprendre en main notre destin et saisir aussi les opportunités de ce nouveau monde.
Je sais, à ce stade, comme j'y ai parfois prêté le flanc, qu'on me traitera une fois encore de naïf ou d'utopiste. Oui, mais c'est le temps des vœux et donc de rêver un peu. Mais l'utopie n'est-elle pas dans le camp des sceptiques et des esprits chagrins qui imaginent encore que la trajectoire actuelle a une issue heureuse? La naïveté est de croire que nous pouvons affronter une crise systémique en ordre dispersé, avec des moyens cosmétiques.
Puissent nos élites être en phase avec les aspirations de celles et ceux qui jamais ne se résignent
Nous avons besoin d'audace et d'ambition comme jamais. En démocratie, pour penser et agir haut, fort, loin et vite, il faut un minimum de concorde. Et j'observe notre pays se briser de l'intérieur, les colères s'agréger dangereusement, le débat et le dialogue se muer en affrontements, la haine et la violence s'immiscer dans tous les réseaux de communication comme un poison lent. J'observe, sur les plateaux et sur le Web, beaucoup de gens asséner leurs vérités et prendre leurs opinions comme un fait certifié. Dans la sphère politique, en même temps que la culture du ring prospère pour le bonheur de certains médias, je vois trop l'esprit partisan se perpétuer. Cette attitude stérile où l'on abdique sa conscience individuelle au profit d'une consigne collective. Peut-on suspendre ce théâtre des apparences et se concentrer sur l'essentiel en additionnant nos intelligences au service exclusif de la vertu pour affronter ce difficile passage de cap?
 
Peut-on simplement être en résonance avec une France peu visible, mais sans doute majoritaire, qui à l'écart du tumulte tisse le monde de demain? Une France discrète, socialement et culturellement diversifiée, bienveillante et tolérante, qui agit, invente, expérimente, partage, soulage, résout. On entend, à raison, la France qui souffre, qui 
gronde, qui réclame. Mais, à tort, on ignore ou l'on sous-estime la France des solidarités. Pour surmonter les logiques de méfiance qui minent notre démocratie, puissent nos élites être en phase avec les aspirations de celles et ceux qui jamais ne se résignent. Je veux entre autres parler de la France de l'engagement, ces plus de 13 millions de bénévoles qui œuvrent dans plus de 1 million d'associations comblant au quotidien toutes les promesses que la République ne tient pas. Mais je pense aussi aux PME et TPE, aux autoentrepreneurs, aux jeunes agriculteurs, aux collectivités, aux start-up qui innovent et prennent des risques pour faire jaillir les solutions et les pratiques de demain sans toujours avoir le soutien ou la reconnaissance qu'ils méritent. Là devraient se focaliser nos attentions et nos énergies, partout où fleurissent dans nos territoires les standards de demain. Définitivement, nous ne nous mobiliserons pas sur le seul constat mais bien sur un imaginaire palpable. Il faut réinventer le monde dans toutes ses dimensions. Une partie des pièces et des principes du nouveau modèle sont déjà là ; reste à les repérer et à les assembler pour faire société. Il faut favoriser l'alliance des bonnes volontés et créer l'archipel des communs cher au précieux Edgar Morin. Si la rage est parfois contagieuse, l'enthousiasme l'est systématiquement.
Au moment où le contexte restreint nos libertés, il est, que je sache, encore permis de rêver. Puisse 2021 être l'année du sursaut! Levons-nous enfin et que chacun fasse sa part!"

Selon le JDD - samedi 2 janvier 2021

Aires protégées, est ce la solution pour la biodiversité?

L'efficacité des politiques d'aires protégées dépend du type de zone concernée, de la manière dont elles sont mises en œuvre et de leur acceptabilité par les populations locales. Deux chercheurs appellent à mieux prendre ces éléments en considération.
Tribune. Le One Planet Summit, qui s’est ouvert lundi 11 janvier, s’est fixé pour objectif des avancées dans les domaines de la préservation de la biodiversité. Parmi les objectifs évoqués, celui de placer sous protection 30% de la surface du territoire terrestre est fréquemment mis en avant. Si l’augmentation des surfaces à protéger apparaît comme un outil essentiel pour participer à la conservation des espèces et des écosystèmes, la question de leur efficacité apparaît néanmoins cruciale, en particulier dans les régions tropicales des pays en développement où les niveaux de biodiversité sont les plus élevés. Ainsi, les politiques d’aires protégées sont un outil de politique environnementale fréquemment utilisé, en particulier pour préserver les zones forestières, et un certain nombre de travaux de recherche soulèvent des questions sur leur impact effectif.Tout d’abord, la question de leur localisation est cruciale : le rôle des zones protégées est de mettre à l’abri les écosystèmes menacés par l’activité humaine. On devrait donc s’attendre à ce que les zones choisies pour être protégées soient celles où les pressions économiques sont les plus importantes et menaçantes. Si l’on s’intéresse par exemple au problème de la déforestation au Brésil, les aires protégées, pour être effectives, devraient se situer au plus près des zones de déforestation afin de restreindre l’expansion agricole, qui en est majoritairement responsable. Or, il a été montré par de nombreux travaux que ces aires protégées sont plus souvent localisées dans des lieux faiblement menacés : plus loin des routes et autres moyens de communication ou des zones à forte expansion agricole. Ainsi, il a été montré que les aires protégées situées dans des zones à faible pression économique n’ont pas, ou n’ont que très peu d’impact en termes de réduction de la déforestation. Ce phénomène, appelé «biais de localisation», est fréquemment souligné par les travaux académiques, et interroge la capacité des aires protégées à être autre chose que des éléments de communication et de greenwashing de la part des Etats.


Accès des populations locales
 De plus, la question de la mise en œuvre de ces surfaces protégées est à questionner. Il ne suffit pas qu’une partie du territoire soit déclarée protégée pour que cette conservation entre en vigueur. La capacité des Etats à faire respecter la réglementation est ici centrale. Ainsi, si les aires protégées abritent des espèces animales ou végétales rares et convoitées, une protection faible ne suffira pas nécessairement à détourner les comportements de braconnage. On a encore vu récemment que six gardes d’un parc national de République démocratique du Congo ont été tués, probablement par des braconniers, dans une zone riche en gorilles et éléphants. Les études d’efficacité menées pour estimer la capacité de conservation des aires protégées montrent clairement que leur bonne mise en œuvre dépend fortement des moyens alloués à leur gestion. Par exemple, au Brésil, les aires protégées fédérales connaissent moins de déforestation que les aires protégées gérées par les Etats brésiliens, car celles-ci disposent de moyens plus importants, d’une gestion plus stricte et d’un cadre politique mieux construit. Ici aussi, il est donc nécessaire d’aller au-delà d’un affichage pour donner les moyens aux zones protégées d’être efficaces.
Enfin, les questions relatives aux droits d’accès des populations locales aux ressources des écosystèmes sont des éléments importants de décision. D’un côté, on peut considérer que les écosystèmes forestiers ou marins présentent des caractéristiques de bien global, tels que les réserves de carbone ou le maintien de la biodiversité ; ce qui justifie une démarche internationale pour leur protection. Cependant, il est aussi nécessaire de comprendre que ces ressources constituent pour des populations importantes des éléments essentiels à leurs moyens d’existence. On estime ainsi que plus d’un milliard de personnes dans le monde dépendent des forêts pour leur subsistance. Priver une partie de ces populations des ressources qui seront protégées apparaît donc comme injuste et potentiellement inefficace, voire apparenté à une forme de colonialisme vert. Il est donc crucial de réfléchir à la protection des espaces sensibles en impliquant fortement les personnes et communautés vivant à leur proximité.

Une inefficacité des aires protégées, ainsi que des conflits d’usage des terres, peut renforcer les hostilités quant à leur mise en place. Ainsi, des effacements d’aires protégées, et leur affaiblissement lié à l’autorisation d’activités extractive, ont été observés dans de nombreuses régions tropicales des pays en développement, notamment au Brésil. Localisation, moyens, concertation : au total, il est nécessaire de ne pas se contenter d’éléments d’affichage sur la quantité de surfaces à protéger, mais de réfléchir prudemment aux conditions de leur mise en œuvre, sans quoi nous continuerons à échouer dans la poursuite de nos objectifs de conservation des écosystèmes.
Vous souhaitez proposer une tribune à Libé ? Ecrivez à idees@liberation.fr.
 
 

10/01/2021

One Planet Summit à Paris...

La France organise lundi 10/1/2021 à Paris un "One Planet Summit" consacré à la biodiversité, avec pour objectif de relancer une diplomatie verte mise à l'arrêt par le Covid-19, pandémie qui illustre précisément les dangers des dérèglements environnementaux.
 
Une trentaine de personnalités doivent intervenir, principalement par visio en raison de la crise sanitaire. Parmi elles, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres,le président de la Banque mondiale David Malpass, l'héritier du trône britannique le prince Charles, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, la chancelière allemande Angela Merkel, les Premier ministres britannique Boris Johnson et canadien Justin Trudeau, le président du Costa Rica Carlos Alvarado, la présidente de la BCE Christine Lagarde ou le patron de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Chacun devrait présenter des initiatives ou prendre des engagements concrets autour des quatre thèmes de la conférence: protection des écosystèmes terrestres et marins; promotion de l'agro-écologie; mobilisation des financements; lien entre déforestation, préservation des espèces et santé humaine.
 
Un dernier thème brûlant alors que la pandémie de Covid-19 illustre l'inquiétante multiplication des zoonoses, maladies qui 
passent de l'animal à l'homme, notamment en raison des contacts plus fréquents entre espèces causés par la destruction des habitats sauvages.
Paris espère ainsi "faire converger les enjeux climatiques et la préservation des écosystèmes," explique une source à l'Elysée. Car face aux épidémies comme au réchauffement (l'année 2020 vient de se classer comme la plus chaude ex-aequo jamais enregistrée) "la préservation de la biodiversité est quelque part notre assurance vie collective".


Construire la mobilisation: Or, la diplomatie verte a pris du retard, avec une quasi année blanche en 2020. Côté biodiversité, le congrès de l'Union internationale de conservation de la nature et la COP15, qui a pour objectif d'établir un plan mondial pour protéger et restaurer d'ici 2050 les écosystèmes indispensables à l'humanité, ont dû être reportés à l'automne 2021. Côté climat, la COP26 prévue à Glasgow (Ecosse) a aussi été retardée d'un an, à novembre 2021 si tout va bien.
 
Le "One Planet" ambitionne donc de "participer à la construction de la mobilisation" pour réussir cette séquence diplomatique en "montrant qu'il est possible d'agir pour la préservation de la planète, de la biodiversité, de façon très concrète".
Concernant la protection des écosystèmes, le sommet veut relancer la "Coalition de la haute ambition pour la nature" - chapeautée par la France, la Grande-Bretagne et le Costa Rica -, avec pour objectif d'y intégrer une cinquantaine de pays, chacun s'engageant à placer 30% de son territoire en espaces protégés.
 
Sur la question des financements en faveur de la biodiversité, il ambitionne de porter une coalition visant à consacrer 30% des financements publics en faveur du climat à des "solutions basées sur la nature" (reboisement par exemple). La création d'une alliance d'investisseurs privés pourrait également être annoncée.
Dans le domaine de l'agroécologie, divers projets devraient être annoncés. Le "One Planet" sera également précédé d'un forum de l'investissement consacré au programme de "Grande muraille verte" de l'Union africaine, qui vise à lutter contre la désertification autour du Sahara. Forum qui a pour objectif d'obtenir des engagements atteignant au total 10 milliards de dollars. Un dispositif de suivi doit également être mis en place.
 
Et sur le dossier lien entre biodiversité et santé, le "One Planet" doit notamment lancer une alliance de recherche sur la "prévention de l'émergence de zoonoses" (Prezode), visant à fédérer divers programmes existants.

Selon AFP - La Tribune - samedi 9 janvier 2021

Biodiversité selon Mr Bruno David...

Il répond aux questions par téléphone depuis son bureau du Jardin des Plantes, à Paris, et décrit avec bonheur le platane d'Orient devant sa fenêtre, planté par le naturaliste Buffon en 1785. "Cet arbre est bien plus grand que moi, mais lui n'a pas bougé depuis 235 ans, explique Bruno David, le président du Muséum d'histoire naturelle. Il ne démultiplie pas son empreinte sur la planète, alors que moi, oui." Dans un livre à paraître le 6 janvier*, le paléontologue et biologiste marin interroge la réalité de la sixième extinction de biodiversité ; après la cinquième durant le Crétacé et la disparition des dinosaures il y a environ 66 millions d'années. "Nous sommes en réalité très loin des crises du passé, explique-t-il. Mais ce qui est inquiétant, c'est le rythme : on va cent à mille fois plus vite en direction d'une crise." A travers des exemples saisissants, l'ancien chercheur au CNRS décrit le drame silencieux qui se noue dans nos campagnes comme au bout du monde, et les différents moyens d'y remédier.
 
Pourquoi existe-t-il selon vous un "match déséquilibré" entre la lutte pour le climat et la préservation de la biodiversité?
Le climat peut être réduit à deux variables que tout le monde connaît : il fait froid ou chaud, il pleut ou il fait beau. Le modéliser n'est pas facile mais on y arrive. La biodiversité, c'est du vivant, des millions d'espèces, des milliers d'écosystèmes ; mais 
aussi une question d'abondance. Tout ça interagit, et il est difficile d'avoir une approche globale

Il est plus difficile de faire les gros titres avec les vers de terre et les collemboles qu'avec les pandas
"
Pourquoi est-il plus facile de préserver la biodiversité que le climat?
Notre effort pour le climat est dilué dans le climat mondial et l'inertie du système est considérable. Si on était tous vertueux en France, ça ne se verrait pas… avant trente ou quarante ans! La biodiversité, elle, est très résiliente et revient très vite : on l'a vu pendant le confinement ou après Tchernobyl. Le retour sur investissement est rapide et gratifiant.
 
Ne s'est-on pas trop préoccupé des pandas et pas assez de la biodiversité locale dont nous dépendons ?
Il faut se préoccuper des deux car il y changera totalement la planète!
 
Pourquoi faut-il davantage regarder le déclin des populations que l'extinction de certaines espèces?
Nous sommes très loin du seuil des grandes crises du passé. Mais des individus de moins en moins nombreux, in fine, ça se termine par une extinction. Or nous avons partout des signes de déclin : les oiseaux et les petits mammifères en France, les insectes en Allemagne, les mammifères en Afrique. C'est exactement ce qui s'est produit lors des précédentes crises.
 
Pourquoi parlez-vous de "crises silencieuses"?
Il n'y a pas d'extinction du jour au lendemain. La représentation romancée où un dinosaure regarde avec terreur une météorite fondre sur lui est totalement fausse. Ces déclins d'abondance étaient en cours depuis dix millions d'années. La météorite, c'est le coup de grâce, mais quand elle arrive, il reste déjà peu de dinosaures. Une lignée finit par s'éteindre quand le nombre de descendants diminue. Ce n'est pas une hécatombe avec des morts partout. Aujourd'hui, on ne marche pas sur des oiseaux morts le long des chemins. Les animaux se reproduisent moins, il y a de moins en moins d'œufs, de poussins, d'individus, et ça finit par affecter les espèces. Le rythme est inquiétant : cent à mille fois plus rapide que celui des crises du passé. C'est aussi la première crise de biodiversité induite par une espèce.
Une étude de 2015 du Muséum montre qu'au fil de soixante-dix ans de dessins animés Disney s'installe un déclin de la biodiversité
"
Vit-on une rupture de l'homme avec la nature?
Il s'est toujours pensé hors de la nature. Après la Seconde Guerre mondiale, avec les premiers écolos, on a eu un regard compatissant sur la nature. Mais, en réalité, nous n'avons à être ni contre elle ni à son chevet car nous sommes dedans. On fait partie du jeu. Il faut occuper notre place et rien que notre place. Et ne pas oublier qu'en la protégeant, nous nous protégeons nous-mêmes.
 
Vous trouvez même notre déconnexion avec la nature dans les films de Disney!
Une étude de 2015 du Muséum montre qu'au fil de soixante-dix ans de dessins animés Disney s'installe un déclin de la biodiversité. Blanche-Neige ou Pinocchio étaient entourés de plus de vingt espèces animales, Mulan n'en a eu droit qu'à six. La nature y est de plus en plus simplifiée ; ça traduit une forme de déconnexion, quand bien même les discours portent souvent sur la protection des espèces. C'est un signe culturel inquiétant.
 
Faut-il chiffrer les services rendus par la nature? 
S'il n'y avait plus d'insectes pollinisateurs, ça coûterait entre 2,3 et 5,3 milliards d'euros chaque année en France. Affecter un prix à ce qu'apporte la nature en matière de services de purification de l'air, d'oxygène, de filtrage des eaux, de nourriture, de médicaments, peut aider à une prise de conscience

Il n'y aurait rien de pire que de croire qu'il suffit de se débarrasser des bêtes sauvages pour se débarrasser des virus
"
La crise du Covid doit-elle nous inciter à repenser notre lien au monde sauvage?
Il n'y aurait rien de pire que de croire qu'il suffit de se débarrasser des bêtes sauvages pour se débarrasser des virus. Il y a une règle dans la nature : "Kill the winner" ["tuer le vainqueur"]. Les pathogènes vont toujours s'intéresser aux espèces dominantes. Donc supprimer les animaux sauvages, c'est se mettre une cible dans le dos.
 
Pourquoi prônez-vous une transformation lente de nos sociétés?
Je ne vois pas comment le faire brutalement. Quand on a voulu mettre en place une taxe de 6 centimes sur l'essence, les Gilets jaunes sont apparus. Le problème reste l'acceptabilité sociale. On ne peut pas demander à tout le monde le même effort. Ce dont je rêve, c'est que chacun en fasse un à sa mesure. Car il n'y a pas de planète B!

Selon le JDD.



28/12/2020

Sapins à adopter et à replanter...

"Je crois que je vais prendre celui-là, il me tend les bras, il est juste devant." Pour Noël, Christiane va accueillir chez elle un curieux invité. Et pas de problème, il est bien autorisé : celui-ci n'est rien d'autre qu'un sapin ! Adopter son arbre de Noël, c'est le concept de la "Pépinière du bord de mer" à Landunvez, dans le Finistère. Depuis trois ans, on n'y achète plus son sapin mais on l'adopte et on le garde chez soi pendant un mois, le temps des fêtes.
"Zéro déchet"
"C'est une autre démarche, zéro déchet", vante au micro d'Europe 1 Corentin Arzur, co-gérant de la pépinière. "Le but est d'adopter son sapin et de le rapporter après les fêtes. On s'en occupe toute l'année, puis ils le récupèrent l'année suivante. En général, les enfants aiment bien leur donner un petit surnom."
>> Retrouvez Europe matin week-end en podcast et en replay ici 
Derrière l'une des serres, plusieurs sapins attendent en terre d'aller passer Noël chez leur propriétaire, en pot. Ils ont tous une étiquette sur le tronc pour les identifier. "Il y a 'Étincelle', 'Merlin le sapin', ici c'est 'Bernard', là-bas c'est 'José'...", liste le co-gérant. Chez Christiane, le nouvel arrivant est visiblement déjà baptisé. "Je crois que ma petite-fille voulait l'appeler 'Sapinou', tout simplement", s'amuse-t-elle.
150 sapins sauvés
Côté prix, il faut débourser de 28 à 37 euros la première fois, selon la taille, puis 12 euros les années suivantes. Hors période de fêtes, on peut aussi venir l'admirer pendant une balade, par exemple. "C'est sympa parce que même l'été, quand ils sont dans le champ, les enfants aiment bien venir le voir à une autre saison que Noël. C'est intéressant parce qu'ils voient comment fonctionne la pousse de l'arbre", s'enthousiasme Corentin Arzur.
En trois ans, la pépinière a ainsi sauvé quelque 150 sapins de la déchetterie.

Selon Mr Charles Guyard, édité par Séverine Mermillod - Europe 1 - samedi 12 décembre 2020

25/12/2020

Les solutions du WWF pour lutter contre la déforestation...

Le WWF mobilise en ce moment l'ensemble des décideurs européens, afin que la Commission propose en 2021 une loi ambitieuse qui offre la garantie aux citoyens européens que leur consommation ne contribue pas à la déforestation. Du reste, une consultation publique organisée par la Commission européenne nous permet nous aussi de participer: wwf.fr/sengager-ensemble/une-loi-contre-la- deforestation.

Par ailleurs, un effort sur l'approvisionnement en huile de palme durable se doit d'être rapide et audacieux pour atteindre l'arrêt de la déforestation dans les forêts d'Asie du Sud-Est. En effet, il faut savoir que la production mondiale de matières premières à fort impact comme le soja  et l'huile de palme affecte plus de 193 espèces menacées sur la liste rouge de l'IUCN...soit respectivement 54% et 64% des espèces de mammifères et d'oiseaux menacées.

Pour nous consommateurs il y a plusieurs façons de lutter contre la déforestation notamment par l'adoption de pratiques de consommation durables et engagées. Par exemple il suffit de boycotter l'huile de palme, de ne manger que de la viande locale et d'arrêter de manger du poulet nourri au soja. Il est bien entendu nécessaire de mettre en place également une réglementation stricte sur les chaînes d'approvisionnement alimentaires. Les entreprises et les gouvernements sont donc invités à s'engager à favoriser cette mise en place.

Lyliane

18/12/2020

Sauvé du désespoir par la vie dans un arbre...

Il était au fond du trou, il décida de prendre de la hauteur. Entre six et dix mètres. A moins de 40 ans, Edouard Cortès, marié et père de famille, n’avait plus envie de vivre : « J’avais voulu attacher une corde pour mettre fin à mes jours. » Ecrasé par les dettes, oublié des subventions, acculé à la banqueroute, il venait de liquider sa ferme, de vendre son troupeau de brebis que, pendant sept années, il avait « guidées, soignées, agnelées, biberonnées, protégées », aimées à la folie, mais en pure perte.
Edouard Cortès n’était pourtant pas du genre à abdiquer. Auparavant, cet aventurier avait traversé le Caucase à pied, suivi la route de la soie, escaladé le mont Ararat pour y chercher une trace de l’Arche de Noé, péleriné de Compostelle à Jérusalem, et participé à un raid en 2 CV de Paris à Saigon. Les épreuves ne l’éprouvaient pas. Mais avec le dépôt de bilan, en 2018, de son exploitation agricole, le baroudeur devenu berger eut soudain le sentiment de mourir à lui-même.

Robinson d’altitude, Alceste enforesté
Frappé d’acédie, il eut le réflexe de se tourner vers l’arbre de vie. Seule manière, selon lui, de se relever. Dans une forêt du Périgord noir, il choisit un majestueux chêne centenaire, sous le houppier duquel il construisit une cabane en bois de 6 mètres carrés, augmentée de verrières, « offrant une vue à 360 degrés sur la sylve ». Il y installa un lit pour rêver à la belle étoile et une table pour écrire, se plaça sous un crucifix, stocka des pâtes, des fruits secs, un vade-mecum de Marc Aurèle et la « Divine comédie », de Dante. Il étreignit sa femme et ses enfants, supprima ses comptes et ses 1500 faux amis sur les réseaux sociaux, jeta son téléphone portable et son passé de failli. D’autrefois, il ne garda que son âne, vieux compagnon d’expéditions, qui porterait les jerricans d’eau, puisée à une source lointaine.
Dans « Par la force des arbres » (Equateurs, 18 euros), Edouard Cortès, ce Robinson d’altitude, cet Alceste enforesté, raconte les trois mois qu’il a passés entre terre et ciel, au milieu des branches, au-dessus des cerfs douze-cors, en compagnie des mésanges bleues, des pics épeiches, des geais, des palombes, des loriots et des chouettes. Son manuel de survie tient du précis ornithologique, du traité de la faune sylvestre, de l’herbier et même de l’abrégé de philosophie :
« Ma cabane,
écrit-il, est un avant-poste sur la beauté du monde. »
Si c’est au fruit qu’on connaît l’arbre, c’est à ce livre qu’on reconnaît Edouard Cortès, l’homme qui a brisé ses chaînes au sommet d’un chêne.
Par la force des arbres
, par Edouard Cortès, les Equateurs, 173 p., 18 euros

Selon Jérôme Garcin - L’Obs - lundi 2 novembre 2020

17/12/2020

Des micro-forêts en ville...

En deux jours, aidés par 65 volontaires, ils ont planté 600 arbres sur une parcelle de 200 mètres carrés, coincée entre un immeuble d’habitation et le périphérique, en face du nouveau palais de justice parisien. « Dans vingt ans, cette micro-forêt aura l’allure d’une forêt naturelle centenaire », promet Enrico Fusto, un ingénieur informaticien de 39 ans, cofondateur avec Damien Saraceni de l’association Boomforest. Ils ont découvert un peu par hasard la méthode imaginée par le botaniste japonais Akira Miyawaki dans les années 1970 avant d’aller rencontrer ses équipes fin 2017. « Il s’agit de créer ou de restaurer des forêts en plantant de manière dense des espèces végétales locales représentatives de la forêt spontanée, ce qui leur permet de se développer très vite », décrit Enrico. Sur ce terrain jusqu’alors laissé à l’abandon, il a d’abord fallu nettoyer, puis amender le sol. « On a mis du fumier, du broyat de branches coupées, des écorces et du terreau de feuilles mortes », énumère Damien. Puis ils ont planté des arbres âgés de 2 ou 3 ans et d’à peine 50 centimètres. Une trentaine d’espèces : chêne, orme, charme, érable, etc. Toutes natives d’Ile-de-France. Financée en grande partie par le budget participatif de la ville de Paris, l’association a déjà créé trois micro-forêts dans la capitale.
Partout en France, des projets de ce type sont lancés, dans des métropoles mais aussi en milieu rural. Dans le Tarn, à 15 kilomètres d’Albi, 5 000 arbres ont été plantés dans une clairière dans le cadre du projet Silva. Une initiative lancée par un historien et financée par une cagnotte Leetchi. A Lyon, l’Office national des forêts (ONF), missionné par la municipalité, s’apprête à planter une mini-forêt de 1 000 mètres carrés dans le quartier de La Duchère, avec la société Forestor. « Avec cette méthode, on plante 30 à 40 fois plus d’arbres que sur une plantation classique, accélérant ainsi la mise en place du processus naturel de succession végétale », précise Yves-Marie Gardette, responsable développement de l’ONF Ain-Loire-Rhône. Régulation du climat, effet stockage de carbone, développement de la biodiversité, fertilisation du sol, les atouts sont nombreux. « Ce sont aussi des barrières vertes à la pollution et au bruit », insiste Enrico Fusto. Le biologiste et naturaliste Nicolas de Brabandère, qui a créé Urban Forests, une société qui accompagne particuliers, entreprises ou collectivités dans cette aventure, pointe l’autre avantage de cette technique : l’absence d’entretien, hormis pendant les deux premières années, durant lesquelles il faut arracher les plantes invasives qui peuvent empêcher les arbustes de se développer.

Selon Paris-Match

11/12/2020

Connaissez-vous l'eau végétale?

Mmes Ingrid Haberfeld et Myriam Loriol font le point dans Version Fémina sur les différentes eaux végétales disponibles dans notre pays. Elles s'appuient sur une diététicienne nutritionniste, Mme Marie-Laure André, pour parler de ces "breuvages désaltérants qui regorgent de bienfaits". Ce sont de véritables trésors de la nature!

Il y a tout d'abord l'eau de coco, qui provient des noix de coco vertes et qui est reminéralisante (calcium pour 14mg /100g en moyenne, potassium(200mg), sodium (20,4 mg) et phosphore (7,9mg), sans compter les enzymes qui améliorent la digestion. On peut l'acheter au litre à un prix raisonnable (4 à 5 euros maxi) sous les marques: Eau de coco ou Vita Coco.

L'eau de bouleau nous est ensuite présentée.  Elle était déjà connue au Moyen-Age pour soigner les calculs rénaux. La sève du bouleau récoltée au printemps a en effet une action nettoyante et drainante. Elle parvient notamment à éliminer les déchets d'aluminium. C'est un allié détox minceur également qui contient des vitamines B et C, des acides aminés aux propriétés tonifiantes. La sève de bouleau s'achète en pharmacie et en magasin diététique par 3 litres pour quelques 38 euros.

L'eau d'érable, provenant de l'entaille du tronc pour en récolter la sève, est réputée capable de régulariser la glycémie. Cela se pratique essentiellement au Canada à la fin de l'hiver. L'eau d'érable renferme des phyto-hormones qui facilitent l'assimilation du sucre par les muscles et activent le relargage de l'insuline par le pancréas. Elle a aussi une action sur la flore intestinale grâce à des prébiotiques. De l'eau d'érable pasteurisée peut s'acheter sous la marque Sibberi.

Enfin, l'eau de pastèque, issue de la pulpe du fruit, devrait faire partie de notre trousse beauté car elle est riche en béta-carotène et a un effet anti-âge. De plus, elle protègerait de la dégénérescence maculaire ou DMLA. En effet, contenant de nombreuses vitamines et minéraux, elle permet même de lutter contre la fatigue. Pour fabriquer soi-même son eau de pastèque, on a besoin d'un blender ou d'un extracteur de jus en saison.

Des cures de ces eaux végétales d'une à deux semaines (500 ml par jour maxi) ne remplacent pas l'eau au quotidien. Elles servent par exemple à préparer des jus, des purées de fruits ou des smoothies.

Lyliane

01/12/2020

Convention climat en alerte...

«Nous avons le sentiment de manquer d’un soutien clair et défini de la part de l’exécutif dont les prises de positions nous apparaissent contradictoires», écrivent les 150 au président de la République, qui tarde à se saisir de leurs propositions.
Emmanuel Macron le jurait, mercredi dernier sur TF1 et France 2 : «Il n’y a pas de renoncement» à traduire les 146 propositions de la Convention citoyenne pour le climat. L’association fondée par les 150 tirés au sort pour assurer le suivi de ce rapport remis fin juin à l’exécutif en est, elle, de moins en moins sûre. Dans un courrier de trois pages adressé ce lundi au président de la République, celle-ci lui demande de «réaffirmer [son] engagement formel et public en faveur de l’examen sans filtre des propositions» de la Convention citoyenne.
Trois «jokers»

Une promesse qu’Emmanuel Macron a faite à plusieurs reprises à ses membres, annonçant vouloir transmettre «sans filtre» leurs préconisations, soit à application réglementaire, soit au Parlement, soit à référendum. Réduction des voitures ou la contribution sur les billets d’avion. Ces «déclarations ministérielles viennent renforcer le trouble et obscurcir la parole présidentielle», dénonce l’association.
Un projet de loi en fin d’année

Par ailleurs, le projet de loi de finances, débattu à partir de ce lundi dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, est théoriquement l’occasion de reprendre une série de propositions fiscales de la Convention. Mais peu ont des chances d’être votées. Et pas les plus structurantes. En commission des finances, la semaine dernière, la taxe sur les engrais azotés, la révision de l’indemnité kilométrique (pour ne pas favoriser les véhicules les plus émetteurs) ou la baisse de TVA sur le train ont ainsi été rejetées.

«On se pose beaucoup de questions, mais on veut rester dans un état d’esprit constructif», explique Grégoire Fraty, l’un des administrateurs de l’association, Les 150. D’autres citoyens ont tout de même prévu, de leur côté, de tenir une conférence de presse, mercredi devant l’Assemblée nationale, pour se rappeler au bon souvenir de l’exécutif et de sa majorité.
Un projet de loi spécifique, censé reprendre le gros du travail mené par la Convention citoyenne, est en cours de préparation au ministère de la Transition écologique. Une fois le texte présenté en Conseil des ministres en décembre, une ultime session de la Convention doit être programmée, faisant office de «droit de réponse» des citoyens à l’exécutif.

Selon Mme Laure Equy - Liberation - lundi 12 octobre 2020

23/11/2020

Le tapir et le bousier, deux "sauveurs" inespérés pour la forêt amazonienne...

Dans le dossier médical du journal "La pharmacie secrète de dame nature", un article de Mr Didier Blonay a attiré mon attention. Il concerne, en effet, la découverte que vient de faire le Professeur Lucas Paolucci, chercheur à l'Université fédérale de Viçosa et membre de l'Amazon Environnemental Research Institute. Ce dernier travaille avec son équipe  depuis 2016 sur les brûlis des zones dévastées en Amazonie. Or, il a repéré qu'un animal, mammifère ongulé qui pèse entre 150 et 300kg, le tapir, n'est pas pour rien appelé "le jardinier des forêts". Il mange fruits et graines de nombreuses espèces végétales et se soulage en pleine nature, de préférence dans les zones brûlées, des graines à travers ses excréments. Ainsi, ces graines sont dispersées et vont peu à peu servir à reboiser ces secteurs dévastés de manière volontaire ou accidentelle.

Comme le professeur Paolucci l'a publié dans la revue américaine "Biotropica", les tapirs passent beaucoup plus de temps dans ces zones endommagées par les incendies et "ils sont de ce fait des auxiliaires précieux pour réensemencer, régénérer et restaurer les parties de forêt en souffrance". Malheureusement, ce mammifère est mal protégé et au Brésil, il est de plus en plus menacé par la chasse et la déforestation. Un autre animal contribue plus modestement à ce travail de reboisement salvateur. Il s'agit du bousier, une sorte de scarabée coléoptère coprophage. Il se nourrit, en effet, des excréments de mammifères (bouses, crottins...), dont les crottes de tapir, et il enterre celles-ci avec les graines contenues, favorisant ainsi leur germination.

Ainsi, sur place, des solutions de longue haleine mais néanmoins encourageantes sont à l'oeuvre! Espérons que les êtres humains sauront protéger la faune et la flore de leurs régions, car ce sont finalement des alliés de choix pour notre propre survie et celle de nos descendants.

Lyliane

22/11/2020

Biomimétisme à la Cité des sciences à Paris et en livre...

Membre du commissariat de l'exposition «bio-inspirée» qui a ouvert ses portes mi-septembre à la Cité des sciences de Paris, Gauthier Chapelle revient sur la notion de «biomimétisme» et ses implications sur nos modes de vie et d'organisation.
Tous les jours, retrouvez le Fil vert, le rendez-vous environnement de Libération.

«Une incitation à sortir pour aller à la rencontre des autres espèces mais cette fois-ci en ne les regardant pas juste comme des curiosités ou du décor mais comme des anciens qui ont des choses à nous apprendre.» Voilà ce que Gauthier Chapelle, ingénieur agronome, docteur en biologie et membre du commissariat de l’exposition, voudrait que les gens retirent de leur visite à la Cité des sciences de Paris qui accueille pour trois ans l’exposition «bio-inspirée». Celui dont le livre le Vivant comme modèle : Pour un biomimétisme radical (1), a été une des inspirations de l’événement, revient pour Libé sur la notion de biomimétisme et ses implications pour nos sociétés industrielles.
«Biomimétisme», «bio-inspiration», de quoi s’agit-il ? C’est relativement synonyme. Le terme biomimétisme date des années 50. Au sens large, c’est s’inspirer du vivant pour des applications humaines. Donc, pour donner un exemple un peu provoquant, on peut parfaitement s’inspirer du vivant pour améliorer l’efficacité d’un sous-marin nucléaire.
L’exposition, elle, porte sur un bio-mimétisme qui s’en tient aux applications qui ont un intérêt pour la question de la durabilité et de l’environnement : le vivant maitrise sa propre durabilité depuis 3,8 milliards d’années, allons lui demander comment faire puisque nous sommes confrontés à ce problème. Ce biomimétisme-là, orienté durabilité, a démarré avec la publication d’un livre de Janine Benyus en 1997 (2).

Tout cela, c’est dans notre monde moderne. Mais s’inspirer du vivant, y compris pour la durabilité, les humains l’ont toujours fait : les igloos sont inspirés des tanières des ours polaires. Quand les humains étaient très proches des autres espèces c’était quasiment automatique, pour nous, il s’agit d’un réapprentissage après s’être séparé de la nature.


Concrètement, il y a les igloos, mais encore ?
Il y a le biomimétisme de forme, par exemple une pale d’éolienne qui a la même forme qu’un aileron de baleine à bosse pour être plus efficace. Au niveau des matériaux on va s’inspirer des coquillages pour fabriquer des céramiques sans chauffer à des températures infernales. De la même façon, on doit chauffer le silicium à plusieurs centaines de degrés pour fabriquer des fibres optiques, or il existe des éponges qui font cela à 2 degrés dans les océans, donc des chercheurs regardent comment, pour pouvoir reproduire le procédé en laboratoires puis en application. Et si je prends des exemples organisationnels, la permaculture dont on parle tant maintenant, est inspirée des principes de fonctionnement des écosystèmes : circularité, pas de déchets, entraide entre espèces…
Il y a donc une inspiration du vivant mais les applications qui en sont tirées, elles, ne sont pas nécessairement écologiques ?

Non en effet, le biomimétisme peut vraiment être dévoyé assez facilement. Ce n’est pas parce que vous vous inspirez de la nature pour la forme d’une pale d’éolienne que vous allez forcément avoir quelque chose de plus écologique car vous pourrez employer en même temps des terres rares, du béton et des fibres de carbone. C’est là qu’on peut avoir une critique plus fine et que les «principes du vivant» (circularité, sobriété énergétique, pas de déchets qui soient des poisons…) sont utiles. Pour arriver à quelque chose de durable il ne suffit pas d’en appliquer un, il faut les prendre de façon systémique. Ces principes servent de garde-fous, c’est une espèce de check-list qui permet de voir si on réalise quelque chose de plus durable ou si on fait du greenwashing.


En quoi le biomimétisme peut-il être bénéfique pour la nature ?Il y a une réduction des déchets, de la consommation énergétique, donc moins de retour aux combustibles fossiles, donc un ralentissement des changements climatiques. En même temps, il y a tout un apprentissage culturel qui se fait pour comprendre que l’on est inséré dans un milieu et on a intérêt à fonctionner comme lui fonctionne pour ne pas tout déséquilibrer. Le biomimétisme est aussi un cheval de Troie culturel, car d’autres voies amènent à reconsidérer notre lien au vivant mais celle-là est un boulevard pour les ingénieurs qui ne sont pas les clients les plus faciles sur ces questions. 
Le biomimétisme nous remet en humilité. Nous, les humains, faisons de la recherche en durabilité depuis quarante ou cinquante ans, le vivant fait de la recherche et développement en durabilité depuis qu’il est sur Terre. On n’est pas obligés de tout inventer par nous-même regardons un peu ceux qui nous ont précédés ils ont plein

d’idées pour nous.
Le biomimétisme c’est aussi de la coopération entre espèces, cela peut être une inspiration pour l’organisation de nos propres sociétés ?

Absolument. Dans l’Entraide, l’autre loi de la jungle (3), nous montrons que contrairement à ce qu’on a pu nous raconter, depuis le début dans le vivant il y a de l’entraide partout. Et on a des choses à en apprendre. La forêt est par exemple un ensemble d’assistance, c’est les allocations familiales et la sécurité sociale réunies, parce que les grands arbres nourrissent les petits, ils se nourrissent entre eux, ils nourrissent les champignons qui eux-mêmes nourrissent les arbres… C’est de la réciprocité, de la symbiose. Et, cerise sur le gâteau, tout cela se fait sans conseil d’administration ou ministre de la Santé. Peter Wohlleben dit que les arbres sont socialistes, moi je dis qu’ils sont anarchistes : ils pratiquent l’entraide sans pouvoir central et cela fonctionne très bien.

Pour être résilients dans les périodes de perturbation qui nous arrivent, employons du réseau non centralisé, le vivant n’a jamais fait autre chose. C’est une inspiration-clé. On voit bien que les grands systèmes centralisés, les grands Etats les multinationales, ont été incapables de répondre aux défis actuels. On émet 60% de gaz à effet de serre de plus qu’au début du processus de Kyoto.
En réalité, le progrès se mesure à l’aune de notre capacité à être compatible avec le reste du vivant et pas à l’aune du PIB, même si ce n’est pas nécessairement incompatible.

(1) Albin Michel, 2015
(2) Biomimétisme : quand la nature inspire des innovations durables

(3) coécrit avec Pablo Servigne, Les Liens qui libèrent, 2017

 



La méthode japonaise Miyawaki, qu'est ce que c'est?

Dans le Jura, dans l’Oise, à Toulouse, aux portes de Paris… Un nombre croissant de projets de micro-forêts voient le jour ces dernières années. Tous se revendiquent de la méthode du biologiste japonais Akira Miyawaki. Mais c’est quoi, au juste ?

« Il y aura du hêtre, du chêne cécile, de l’érable champêtre, du charme, du noisetier… » Pour décrire la forêt qu’il souhaite créer sur un petit bout de terrain de ses grands-parents, près de Champagnole, dans le Jura, Xavier Dommange s’arrête aux cinq essences dominantes pour ne pas se lancer dans une interminable liste. « Il y en a vingt autres encore, prévient-il. Des buissons, des arbustes, des arbres afin de reconstituer les différents étages de la forêt. »
Le tout doit donner un joli concentré de biodiversité. Xavier Dommange prévoit de planter 900 arbres sur 300 m² seulement. « L’équivalent de vingt-quatre places de parking », lance-t-il pour nous aider à se faire une idée.
Le projet s’appelle « Jurassic Forest » et est toujours à la recherche de financements sur le Web. L’idée de Xavier Dommange est de créer la première forêt inspirée de la méthode du botaniste japonais Akira Miyawaki dans le Jura. « Avec l’espoir d'en insipirer d'autres, et moi d’en faire une activité professionnelle », glisse-t-il.
Les préceptes de Miyawaki sont en tout cas à la mode. C’est aussi de ce botaniste que s’inspire l’association Boomforest pour créer ses mini-forêts aux portes de Paris, de même que le « collectif Micro-forêt de Toulouse en transition » au cœur de la Ville rose, l’association Projet Sylva dans le Tarn depuis 2018, ou « Semeurs de forêts » à Juvignies, dans l’Oise…. 20 Minutes vous aide à y voir plus clair.

Qui est donc cet Akira Miyawaki ?Le Japonais cumule 92 printemps, dont près de 70 consacrés à l’étude des graines et de la naturalité des forêts, dont il est devenu un spécialiste mondial. Xavier Dommange s’attarde surtout sur les trois années qu’il a passées en Allemagne, entre 1958 et 1970, en tant que chercheur invité de l’Institut allemand pour la cartographie de la végétation [1958-1960]. « Avec d’autres botanistes, il a travaillé sur le potentiel végétal naturel, indique-t-il. Autrement dit, quelles sont, pour un endroit bien précis, en fonction de son terrain et de son climat, les plantes qui vont naturellement occuper le terrain de façon stable, dans la durée. »
De retour au Japon, Akira Miyawaki poursuit ses recherches. Il dresse ainsi le constat que l’immense majorité des forêts de l’archipel, constituées d’essences introduites à travers les siècles par les forestiers pour produire du bois d’œuvre, ne sont pas les plus résilientes [qui résistent au choc], ni les plus efficaces pour faire face au changement climatique. Au contraire des arbres que les Japonais laissent pousser traditionnellement autour des temples, des tombeaux et des cimetières. Des forêts modestes certes, mais composées d’espèces qui se seraient naturellement développées sur cette parcelle si l’Homme ne l’avait pas urbanisée, et qui forment alors un écosystème stable.
Il développe alors une méthode pour planter et restaurer des forêts plus naturelles, notamment sur les sols dégradés. Les sites industriels, les zones urbaines ou périurbaines… On prête ainsi à Akira Miyawaki la restauration de 1.300 sites au Japon et dans divers pays tropicaux depuis les années 1970.
Que dit la méthode Miyawaki ?

« L’idée générale est de se rapprocher autant que possible de ce que serait la forêt à cet endroit précis, si elle n’avait jamais été touchée par l’Homme », résume Xavier Dommange. D’où ce terme de forêt « native » [à distinguer de « primaire », non créée par l'Homme] qui revient souvent pour qualifier les projets inspirés par le botaniste japonais.
Une fois cela dit, la méthode se décline ensuite en trois grands principes, que résume Boomforest sur son site internet.Une attention particulière au sol, qui doit être suffisamment riche et meuble pour que les jeunes racines s’y implantent bien.Une plantation dense d’arbres, à trois arbres au m² sous nos latitudes, pour favoriser la communication racinaire et limiter la croissance d’herbes adventices et créer une situation de compétition vertueuse pour la lumière.Une sélection d’espèces d’arbres et d’arbustes adaptées au lieu. Ce qui revient à choisir des espèces locales.

David Buffault, vice-président des Semeurs de forêts, et Xavier Dommange en ajoutent ceci:

De nombreux projets de « tiny forest » (mini-forêt), inspirées de Miyawaki, ont vu le jour ces dernières années en zone urbaine. Parfois dans des mouchoirs de poche improbables. Boomforest en a ainsi planté une porte de Montreuil, en mars 2018, sur un talus de 400 m² qui jouxte le périphérique parisien. Puis une autre porte des Lilas, il y a un an.
C’est aussi dans cette logique que s’inscrit le « collectif Micro-forêt de Toulouse en transition », qui a déjà planté 1.200 arbres sur un terrain de 400 m2 en plein cœur de la Ville rose, en mars dernier, et en projette de nouveaux encore.
C’est également l’idée de Xavier Dommange, qui rappelle que sa mini-forêt dans le Jura est à voir comme un démonstrateur. « Je m’appuierai dessus pour convaincre des municipalités d’implanter des mini-forêts Miyawaki en cœur de ville ou à leurs périphéries », prévoit-il.
Avec plusieurs bienfaits à la clé. Ces forêts grandissent déjà jusqu’à dix fois plus vite que les plantations classiques, assure Boomforest. Elles contribuent aussi à rafraîchir les villes – problématique forte en ces temps de canicule répétées –, captent leur part de CO2, apportent de la biodiversité, ajoute Xavier Dommange.
Une méthode déclinable aussi en campagne ?

C’est la conviction de « Projet Sylva » et des « Semeurs de forêts ». La première association a planté 5.000 arbres de trente essences dans deux prairies d’environ 5.000 m² dans le Tarn. Quant aux Semeurs de forêts, ils ont acheté une pâture d’1,4 ha en octobre 2019, sur une partie de laquelle ils projettent de planter plus de 3.000 arbres, « en espérant que la Nature – le vent et les animaux – fera le reste du travail en essaimant les graines », explique David Buffault.
Travailler à cette échelle implique de prendre quelques libertés vis-à-vis de la méthode de Miyawaki. Notamment sur la règle des trois arbres au m², rapidement trop coûteuse. En revanche, pas question de tergiverser sur la nécessité de travailler sur un grand nombre d’essences – 30 pour les deux associations – et toutes indigènes. C’est le cœur même de la démarche des deux associations : rompre avec le manque de diversité des forêts françaises. Si celles-ci ont doublé de surface en deux cents ans pour recouvrir aujourd’hui un tiers de l’Hexagone, Yann Roques, fondateur de Projet Sylva, appelle à ne pas oublier que « 84 % de ces bois n’ont qu’une ou deux essences. L’exemple le plus marquant est la forêt des Landes, qui s’étend sur un million d’hectares, dont 950.000 de pins maritimes. »
« Ce manque de biodiversité végétale ne favorise pas la biodiversité animale, poursuivent Yann Roques et David Buffault. Il favorise aussi la propagation des maladies, qui s’attaquent généralement à une seule espèce et n’ont plus alors qu’à sauter d’un arbre à l’autre. » C’est un autre atout encore de la méthode Miyawaki, qui complique le parcours des ravageurs en faisant cohabiter les essences.
Sarah Katib, chargée de mission Forêt à France Nature environnement, tique un peu tout de même sur la déclinaison de la méthode Miyawaki en milieu rural. « Elle a été conçue et a fait ses preuves pour faire pousser des forêts en quelques années là où il ne peut pas y avoir de regénération naturelle car les sols sont trop dégradés, rappelle-t-elle. Ailleurs, la nature peut faire elle-même le travail et le fera mieux que quiconque », poursuit-elle. Et si à FNE, on est d’accord sur la nécessité d’introduire plus de diversité dans les forêts françaises, « il y a des des techniques largement connues des forestiers et moins coûteuses que celle de Miyawaki pour le faire à grande échelle », reprend Sarah Katib pour qui la méthode du botaniste japonais «n'a rien à faire en forêt».
Ce n’est pas non plus ce que veulent faire Yann Roques ou David Buffault. « L’idée est bien plus de créer par-ci par-là des oasis de biodiversité, résume le premier. Quitte même, un jour, à créer des corridors. »

Selon 20 Minutes

 

14/10/2020

Poursuites en justice de l'Etat français à propos du climat...

La France en fait-elle assez pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES)? La réponse est non pour six jeunes Portugais qui attaquent ce jeudi 33 Etats, dont la France, afin de les inciter à en faire davantage. L'initiative de ces adolescents s'inscrit dans la démarche des associations écologistes Greenpeace, Oxfam, la Fondation pour la nature et l'homme de Nicolas Hulot et de l'ONG Notre affaire à tous, qui ont entamé une procédure contre l'Etat devant le tribunal administratif pour carence en matière de lutte contre le changement climatique. La justice devrait se prononcer à l'automne.
Pour appuyer ce recours, les associations écologistes ont obtenu la signature de plus de 2 millions de citoyens demandant au gouvernement de mettre un coup d'accélérateur. Pointé du doigt, l'Etat a répondu le 23 juin. Dans un mémoire de défense de 18 pages, la directrice des affaires juridiques du ministère de l'Ecologie souligne que « le Parlement a adopté trois lois renforçant les obligations de l'Etat en matière de lutte contre le changement climatique ».

Sécheresse : nos forêts sont à l’agonie
« On dispose effectivement de beaucoup de lois et la France a signé des traités s'engageant à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, mais il est maintenant temps d'agir, estime Cécilia Rinaudo, coordinatrice générale de Notre Affaire à tous. Car aujourd'hui, nous sommes en retard dans tous les domaines : transport, agriculture, logement. »
Le gouvernement ne fait pas du tout le même constat. En matière de gaz à effet de serre, l'année 2020 s'est traduite par « une diminution significative des émissions par rapport à 2017 », selon le ministère de l'Ecologie, qui estime par ailleurs que l'Etat n'est pas seul responsable : « Il n'est pas en capacité d'empêcher l'intégralité des émissions […] sur le territoire français » du fait qu'une « part substantielle de cette pollution procède de la réalisation des activités industrielles et agricoles, mais également de choix et de décisions individuels sur lesquels il n'est pas toujours possible d'influer ».

Selon Mr Frédéric Mouchon - Le Parisien - jeudi 3 septembre 2020

09/10/2020

L'amer bilan politique de Mr Nicolas Hulot...

Deux ans après sa démission du gouvernement d’Emmanuel Macron, Nicolas Hulot n’a toujours pas digéré son expérience en politique. L’écologiste affiche sa déception dans un article publié par le magazine Paris-Match.

L’écologiste Nicolas Hulot tire, dans une interview jeudi à Paris-Match, un bilan amer de son bref passage au pouvoir en tant que ministre de la Transition écologique d’Emmanuel Macron (2017-2018), une année pendant laquelle il juge n’avoir été « qu’un exécutant, submergé ».
« À Matignon, les énarques autour (du Premier ministre Édouard Philippe) me regardaient comme l’écolo de service. Pour eux, les éoliennes, c’étaient des moulins à vent pour les bobos », rapporte-t-il à l’hebdomadaire, dans un long article accompagné de photos de l’ancien homme de télévision, 65 ans, dans sa propriété bretonne.
L’ex-ministre pointe un conservatisme et une sensibilité aux lobbies des conseillers du pouvoir : « Tous ces gens étaient bien plus jeunes que moi, mais leurs logiciels étaient parfois obsolètes. […] J’ai vu des conseillers à l’Agriculture plus rigides que la patronne de la FNSEA ».
Son passage au gouvernement, après avoir dit non successivement à Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, s’est résumé selon lui à une succession d’arbitrages perdus : « Il faut le reconnaître, tout se joue à Matignon. Par contre, je suis responsable des non-décisions ou des mauvaises. Je n’étais qu’un exécutant, submergé. Au début, j’ai cru que je n’étais pas au niveau ou mal organisé, avant de réaliser qu’on était structurellement sous l’eau. »
Et de conclure : « Quand je parlais d’une mutation sociétale, eux pensaient adaptation, moi transformation du système. C’est là l’immense malentendu : ils voulaient soigner une bronchite, moi un cancer généralisé. »

Selon l' AFP - Ouest-France - jeudi 3 septembre 2020

05/10/2020

La mémoire des arbres...

Des chercheurs chiliens et argentins ont sondé la « mémoire » des arbres pour dater l’évolution du changement climatique des six derniers siècles. Ils confirment une méga-sécheresse en cours depuis onze années. Un, deux, trois, quatre… Enfant, qui ne s’est jamais amusé à estimer l’âge d’un arbre coupé en comptant ses cernes de croissance ? Cette méthode de datation est validée par une science : la dendrochronologie. L’absence de pluie, les avalanches ou encore les tremblements de terre altèrent la pousse des arbres, modifiant l’épaisseur des cernes. Ces variations constituent autant d’indices permettant de reconstruire le climat passé.

Un atlas de la sécheresse
Ce sont ces cicatrices accumulées au fil du temps qu’un groupe de chercheurs chiliens et argentins ont analysées pour élaborer le premier atlas de la sécheresse en Amérique du Sud, du XV siècle à nos jours. Pendant plus de dix ans, nous avons étudié 15 000 arbres, près de 300 espèces, de l’Amazonie méridionale à l’extrême sud de la Patagonie » , détaille Carlos Le Quesne, dendrochronologue à l’Université australe du Chili.
Les universitaires ont parcouru la Cordillère des Andes à la recherche d’arbres séculaires. La largeur des cernes reflète les changements annuels d’humidité, reprend Carlos Le Quesne. Nous avons choisi des arbres, parfois millénaires, sensibles au manque d’eau, tel l’araucaria dont l’espèce a cohabité avec les dinosaures. 
Méga-sécheresse en cours
Pour faire parler les vénérables cyprès de la Cordillère et autres alerces, une espèce endémique rare et qui dépasse les 4 000 ans, un simple carottage suffit. Sans conséquence pour l’arbre, le prélèvement consiste en l’extraction d’un échantillon de bois, long d’une dizaine de centimètres et large comme une paille.
 En croisant nos données avec les chroniques des conquistadores espagnols qui mentionnaient des famines ou de faibles récoltes, nous avons pu confirmer avec précision les années où la pluie a manqué ou, à l’inverse, était en excès » , explique Duncan Christie, paléoclimatologue à l’Université australe du Chili.
Les trente-huit chercheurs ont pu déterminer qu’entre 1400 et aujourd’hui, la fréquence et la durée des événements climatiques extrêmes se sont accrues. Avant, la sécheresse dans la zone centrale du Chili et les pluies torrentielles dans le bassin de la Plata [Argentine, Uruguay, Brésil et Paraguay] se produisaient tous les dix à quinze ans , note Duncan Christie.
La bascule s’opère dans les années 1960, lorsque la courbe des émissions de gaz à effet de serre s’embale au niveau mondial. Depuis, ces épisodes extrêmes se répètent tous les cinq ans. Les scientifiques ont aussi révélé que la méga sécheresse, en cours depuis onze ans dans la zone centrale du Chili, n’a pas de précédent lors des 600 dernières années.
Véritables salles d’archives à ciel ouvert, les forêts millénaires contribuent également à mieux anticiper le dérèglement climatique. Nos découvertes servent à affiner les modèles climatiques, confirme Duncan Christie. À ce rythme, l’automne austral pourrait disparaître à moyen terme. 

Selon Mr Alan LOQUET. Santiago du Chili, - Ouest-France - lundi 31 août 2020

02/10/2020

Strasbourg: Plan Canopée pour des arbres en ville...

Il s’agit de planter 10 000 arbres au plus tard en dix ans », mais « aussi de sauvegarder et protéger les arbres » déjà présents dans la ville, a déclaré la première maire écologiste de Strasbourg (Bas-Rhin) Jeanne Barseghian, en présentant, samedi 29 août, un programme de « végétalisation » de la capitale alsacienne.

La nouvelle municipalité écologiste de Strasbourg a présenté samedi 29 août un programme de « végétalisation » de la capitale alsacienne, qui doit passer par la plantation de 10 000 arbres afin de mieux adapter la ville au changement climatique.
« C’est un enjeu de confort, un enjeu climatique, un enjeu pour la biodiversité, pour le bien-être et pour l’adaptation de notre ville aux changements en cours, que ce soit les canicules mais aussi les inondations », a expliqué lors d’une conférence de presse Jeanne Barseghian, première maire écologiste de Strasbourg.
Celle-ci avait signé, dès son arrivée à la mairie, une déclaration d'« état d’urgence climatique » pour la ville.
« Il s’agit de planter de manière massive 10 000 arbres (hors forêts) au plus tard en dix ans », mais « aussi de sauvegarder et protéger les arbres » déjà présents dans la ville, a poursuivi Jeanne Barseghian.
« À terme, on redonnera 300 hectares à la nature »
La ville compte actuellement plus de 40 000 arbres dans les parcs, jardins et espaces verts d’équipements publics.

« À terme, on redonnera 300 hectares à la nature », a-t-elle résumé soulignant vouloir que cette « végétalisation » intervienne « de manière équitable sur l’ensemble du territoire strasbourgeois » et « pas seulement sur le centre-ville ».
« Notre objectif est d’atteindre un indice de Canopée (pourcentage de l’espace urbain couvert par des arbres d’au moins trois mètres de hauteur, N.D.L.R.) à hauteur de 30 % » d’ici 2050, contre 26 % actuellement, a complété Suzanne Brolly, adjointe à la maire.
« On ne peut pas penser seulement sur le temps d’un mandat quand on parle de nature, il faut anticiper », a-t-elle souligné, évoquant la possibilité de plantations sur les places, mais aussi sur les trottoirs, les cours d’écoles, les cimetières, les terrains de sport etc.
Le projet, baptisé plan Canopée et doté pour la première année d’un budget d’un million d’euros, doit faire l’objet d’une délibération lundi au conseil municipal.
En juillet, des arbres ont provisoirement été installés sur plusieurs places de Strasbourg pour atténuer les îlots de chaleur urbains pendant l’été avant que des plantations durables puissent débuter à l’automne.

Selon AFP. - Ouest-France - samedi 29 août 2020

13/09/2020

Greta Thunberg récidive par courrier ...en faveur de l'écologie européenne.

Mobilisée depuis tout juste deux ans pour le climat, la militante suédoise Greta Thunberg a profité d'une rencontre jeudi avec Angela Merkel pour tenter face à "l'inaction politique" de donner un nouveau souffle à son mouvement freiné par l'épidémie de Covid-19.
La date du 20 août revêt une importance "symbolique" a-t-elle confié à la presse après sa rencontre avec la chancelière allemande à Berlin.
Greta Thunberg, alors âgée de 15 ans et encore inconnue, avait en effet entamé le 20 août 2018 une grève scolaire devant le parlement suédois à Stockholm.
Cette mobilisation s'est muée au fil des mois en mouvement, baptisé "Fridays for future", auquel ont participé chaque semaine des milliers de jeunes Européens.
"Déni"
Ce succès, combiné à une poussée du vote écologiste dans nombre de pays, ne semble cependant pas avoir fait avancer la cause climatique, regrette Greta Thunberg.
Dans une lettre au vitriol adressée aux dirigeants européens, elle dénonce ainsi jeudi "l'inaction politique" qui perdure selon elle au sujet de la protection climatique et le "déni" des gouvernements.
"L'UE doit enfin agir, l'Allemagne doit prendre l'initiative : les investissements dans les combustibles fossiles doivent cesser, l'écocide doit devenir une infraction punissable", demande-t-elle.
"Lorsqu'il s'agit d'agir, nous sommes toujours dans un état de déni. La crise climatique et écologique n'a jamais été traitée comme une crise", déplore Greta Thunberg.
La militante de 17 ans a été reçue pendant une heure et demi par Angela Merkel avec d'autres membres du mouvement, Luisa Neubauer (Allemagne), ainsi que Anuna de Wever et Adélaïde Charlier (Belgique).
L'Allemagne, qui assure actuellement la présidence de l'UE, a une "énorme responsabilité, nous voulions être sûre qu'elle porte haut les enjeux", a expliqué Anuna de Wever. "Angela Merkel semble être consciente des enjeux", a abondé Luisa Neubauer.
La chancelière, qui quittera le pouvoir fin 2021, et les quatre militantes, ont "convenu que le réchauffement climatique est un défi mondial et que les pays industrialisés ont une responsabilité particulière dans la lutte contre ce phénomène", a rapporté après la rencontre le porte-parole du gouvernement, Steffen Seibert.
"Opportunité"
"La base en est la mise en oeuvre cohérente de l'accord de Paris sur le climat" qui vise à limiter le réchauffement de la planète à 2° par rapport à l'ère pré-industrielle, a-t-il précisé.
L'entrevue a en grande partie porté, selon la chancellerie, sur l'objectif de neutralité climatique de l'UE d'ici 2050, avec un éventuel objectif intermédiaire d'ici 2030, ainsi que sur la tarification du CO2.
"L'écart entre ce que nous devrions faire et ce qui est réellement fait se creuse de minute en minute", regrettaient cependant en amont de la rencontre les militantes climatiques.
Malgré la mobilisation "nous avons encore perdu deux années cruciales à cause de l'inaction politique", regrettent les militantes, appelant les pays à arrêter d'urgence tous les investissements dans les combustibles fossiles.
L'Allemagne elle-même est accusée de ne pas faire assez d'efforts. Elle reste fortement dépendante du charbon, exploité jusqu'en 2038, en raison de son abandon progressif du nucléaire après la catastrophe de Fukushima en 2011.
Le pays pourrait toutefois atteindre, grâce à la baisse d'activité liée au coronavirus, son objectif de réduire de 40 % par rapport au niveau des années 90 ses émissions.
"La pandémie de nouveau coronavirus offre une énorme opportunité de changer les choses", veut ainsi croire Adélaïde Charlier.
L'épidémie et le ralentissement économique mondial brutal qu'elle entraîne ont certes un effet temporaire positif sur les niveaux d'émission et de pollution. Mais ils compliquent toutefois la mobilisation pour le climat au moment où les craintes concernant l'emploi sont la priorité.
Fridays for future prévoit une journée mondiale de mobilisation le 25 septembre mais adaptée au contexte sanitaire, marqué dans nombre de pays européens par une hausse des cas.
"Nous prenons l'épidémie au sérieux, nous cherchons des moyens d'adapter (la mobilisation), avec par exemple moins de monde dans les rues", a indiqué Luisa Neubauer, figure du mouvement en Allemagne.
20/08/2020 15:57:48 - Berlin (AFP) - © 2020 AFP

05/09/2020

Sauvons les Koalas avec le WWF...

Il y a deux siècles, les koalas étaient 10 millions. Il en reste moins de 100 000 car l’homme dévaste le royaume de cet inoffensif petit prince des forêts. Au sud de l’Australie et au large d’Adélaïde, Kailas Wild, un arboriste de 35 ans, tente de sauver l’animal fétiche du pays.

Récit de Kai: Kai a beau être rentré depuis des semaines, il ne voit qu’eux quand il ferme les yeux. D’abord, le premier qu’il a sauvé. Un bébé perdu, tout seul, au sommet d’un arbre mort grignoté par les flammes. Viennent ensuite les images de son face-à-face, à 15 mètres du sol, avec cette femelle prostrée sur une branche, exsangue, privée de toute nourriture, dont seuls les gémissements laissaient à penser qu’elle gardait un souffle de vie. Pour lui donner sa chance, il devait coûte que coûte la faire descendre. Dans la mémoire de Kai, des dizaines d’autres images se bousculent : des regards étonnés entre de grandes oreilles poilues, et puis toutes ces plaies à vif qui ne cessent de hanter ses nuits.

L'Australie en larmes devant ses koalas tués dans les flammes:
Kai, 35 ans, a grandi à Sydney. Puis il est devenu élagueur et bénévole dans une association de protection de la vie sauvage. C’était il y a une dizaine d’années. Tout, pour lui, a basculé ce dernier jour de janvier : « J’ai reçu un coup de fil d’un contact, à l’autre bout du pays. Sur l’île Kangaroo, ils avaient besoin d’un arboriste pour grimper dans les arbres au secours des koalas qui n’avaient pas péri dans les incendies. J’ai sauté dans mon “ute” [pick-up] et, après dix-neuf heures de route et une traversée en ferry depuis Adélaïde, j’étais à mon poste. Je n’avais aucune idée de ce que j’allais vivre. » Depuis plus d’un mois déjà, la moitié de Kangaroo est ravagée par les méga-feux de brousse de l’été austral. L’île, qui compte désormais la plus grande population de koalas d’Australie, est en alerte maximale. Au plus fort des incendies, plusieurs centaines d’entre eux, brûlés ou désorientés, ont déjà été ramassés sur les routes. Avec d’autres animaux, ils ont été amenés à l’hôpital improvisé de Sam et Dana Mitchell, au Wildlife Park, véritable « hub » de vétérinaires, où bénévoles et vacanciers se sont vite transformés en infirmiers. Kai arrive au moment où il est possible de retourner dans certaines zones. Là où le brasier n’a laissé que dévastation et silence, on peut commencer à évaluer les dégâts, et même porter secours aux survivants.
Bienvenue au Koala Hospital, le centre qui sauve les koalas des flammes en Australie
« Dans ces immensités noircies, tout se confond. Lorsqu’on marche, il faut conditionner son cerveau à repérer sur les branches ces formes indistinctes qui, en fait, sont des koalas. Avec l’habitude, ils sont assez facilement repérables d’en bas. Certains font appel à un drone ; moi, je les vois. Si je pense que l’animal a besoin d’aide et que les arbres alentour semblent assez solides, je choisis le plus proche pour y grimper. La meilleure méthode consiste à aller le plus haut possible, puis à se balancer jusqu’à la cime de l’arbre où s’accroche le koala. Il faut se poser au-dessus de lui pour qu’il n’ait pas envie de se réfugier plus haut. Alors, avec une perche, je le pousse à descendre et on le récupère en bas. J’ai trouvé comme ça pas mal de “joeys”, des bébés, onze en tout. Eux se tiennent assez bas et il est facile de les attraper.
Australie : reportage sur l'île-refuge des koalas
Il n’y a plus qu’à les glisser dans un sac pour redescendre avec eux. Dans d’autres cas, c’est plus sportif : on est obligé de les surprendre, en les empoignant par-derrière. Sachant qu’on a déjà affaire à un animal en souffrance, il faut éviter que la descente dure trop longtemps, car le stress les épuise encore plus. Et puis il faut faire attention : sous ses airs endormis, le koala peut vite vous mordre. Il ne faut surtout pas mettre la main devant son visage, sinon il peut vous envoyer à l’hosto. J’ai eu pas mal de morsures, heureusement pas trop graves. » Lui, l’amoureux des arbres, a été frappé par l’agilité des koalas mais aussi par leur vulnérabilité une fois au sol, où leurs griffes et leurs longs doigts sont inadaptés au déplacement à quatre pattes.

A la fin de sa mission de quelques semaines, Kai avait secouru plus de cent koalas. Il n’y a pas que dans les arbres qu’il est passé par des hauts et par des bas… Moralement aussi. Dans son journal de bord, il écrit un soir de la première semaine : « Aujourd’hui, ça a été foutrement intense et j’ai pleuré deux fois. » Puis, quelques jours plus tard : « La journée a été lourde en émotions. Parler et pleurer est la seule manière de récupérer. » Bien sûr, il y a des moments de joie, comme celui où il apprend qu’une petite orpheline, la première qu’il a trouvée, celle à qui il a donné son prénom, et qui était si salement brûlée au nez, aux oreilles et aux joues, allait s’en tirer. Mais, pour Kai et pour ceux qui sont spontanément venus à la rescousse des animaux, il n’y a pas que de belles histoires. On n’échappe pas à la détresse. Ainsi pour cette femelle dont les coussinets sont brûlés et les griffes arrachées, infectées ; quelques jours après son sauvetage, les vétérinaires devront se résoudre à l’euthanasier.
Les images d’animaux pris au piège des incendies en Australie ont bouleversé le monde entier. Difficile d’oublier la vidéo d’un koala déshydraté qui, agrippé au cadre d’un vélo, se désaltère à la gourde que lui tend une cycliste. Effarant, quand on sait que ces marsupiaux ne boivent que très rarement de l’eau et qu’ils s’hydratent avec les feuilles d’eucalyptus ! Le 1er février dernier, des photos difficilement supportables de dizaines de koalas morts, broyés par des bulldozers dans une plantation de gommiers, ont provoqué l’ouverture d’une enquête des autorités de l’Etat de Victoria. Pour les militants de la cause animale, ces images ne sont que le reflet de la tragédie, prévisible, écrite par l’homme et infligée à la faune australienne. Le koala en est la partie la plus visible, une icône aux allures de peluche.
Il y a un an, déjà, avant même les terribles feux de brousse, la branche australienne du WWF lançait un cri d’alarme et lâchait une échéance butoir : 2050. A cette date, si la destruction de leur habitat se poursuit, les koalas seront en voie d’extinction. Cinquante ans plus tard, ils auront disparu… Début avril, dans un communiqué, plusieurs associations de protection animale ont demandé que, inscrit depuis 2012 sur la liste des animaux vulnérables, il passe au statut d’espèce en danger. Un premier pas mais qui, selon le conservationniste de la WWF Stuart Blanch, ne suffira pas : « Remonter le statut de protection du koala n’a de sens que si une politique stricte de protection de son habitat est appliquée parallèlement. Si on continue de détruire son domaine vital en rasant des arbres au bulldozer, sans lui assurer le moindre sanctuaire, il disparaîtra. L’Australie doit prendre le lead des pays du monde qui mettent en place une transition vers les énergies renouvelables, afin de créer un climat stable et sûr pour ces marsupiaux et leurs forêts. »
Chaque Etat disposant de sa propre législation, l’Australia Koala Foundation estime qu’aucune loi fédérale ne pourra, sur le territoire australien, le protéger de façon efficace
Jointe début avril dans sa maison du bush, près de Brisbane, Deborah Tabart, ex-reine de beauté devenue l’égérie des koalas, ne décolère pas. Présidente de l’ONG Australian Koala Foundation (AKF) depuis 1988, elle en est à son quatorzième ministre de l’Environnement. C’est dire si les éditos de son journal de bord sont virulents envers Canberra et sa politique de protection de l’environnement. Déjà, en 2015, son ONG avait publié un passionnant rapport intitulé « Imaginez une Australie sans koalas » : « Les choses sont assez simples. Si notre pays n’arrive pas à protéger cet adorable animal, aimé de tous, qui ne tue personne et fait venir des millions de touristes – c’est-à-dire entrer des milliards de dollars dans les caisses de l’Etat –, alors on n’arrivera à rien. Sauver cet animal craquant, totalement inoffensif, permettrait de protéger tous les autres qui vivent dans son environnement et sont moins aimés. » En 2000, partant du slogan très efficace du « No Tree, No Me » (« Pas d’arbres, pas de moi »), l’ONG a proposé de faire passer un Koala Protection Act inspiré de la loi adoptée par les Etats-Unis pour défendre leur emblème : l’aigle à tête blanche.
Chaque Etat disposant de sa propre législation, l’Australia Koala Foundation estime qu’aucune loi fédérale ne pourra, sur le territoire australien, le protéger de façon efficace. L’idée serait donc de ne pas se focaliser sur la protection de l’animal lui-même, mais d’empêcher la destruction de son habitat. L’AKF a ainsi cartographié et listé à travers le pays les arbres qui forment son « home range », son domaine vital ; aussi bien pour se nourrir (environ 40 sortes d’eucalyptus sur les 700 espèces existantes) que pour s’abriter du froid ou de la chaleur. La loi de protection des koalas (KPA) interdirait, entre autres, que l’on puisse toucher à un arbre de cette liste sans avoir d’abord prouvé que ni le marsupial ni son habitat ne seront impactés.
Depuis son retour chez lui, à Sydney, Kai, l’arboriste-sauveteur, est devenu une petite célébrité des réseaux sociaux. Chaque jour, confinement oblige, il partage sur Instagram et Twitter des photos de ceux qu’il a secourus, et donne de leurs nouvelles. On apprend ainsi que certains ont pu regagner le bush. Pour le reste, Kai en est sûr, pas besoin de leur enseigner les gestes barrière… Il écrit : « Juste pour vous rappeler que les koalas sont des animaux solitaires qui pratiquent naturellement la distanciation sociale… »

Selon notre envoyée spéciale sur l’île de Kangaroo Marion Mertens - Paris Match - samedi 15 août 2020

04/09/2020

Nouvelle Guinée: réservoir de biodiversité...

Un réservoir sans fin. C'est un classement tout particulier dont la Nouvelle-Guinée vient de prendre la tête. Selon une étude publiée dans la revue Nature, détaillée par The Guardian, cette île située dans le Pacifique est désormais considérée comme l'archipel avec la plus grande diversité végétale. En Nouvelle-Guinée, on trouve plus de 13 500 espèces de plantes différentes. Elle devance de loin Madagascar, qui détenait le précédent record, avec plus de 19 % d'espèces en plus.
L'étude aura mobilisé 99 botanistes membres de 56 institutions différentes réparties dans 19 pays. Ils ont analysé des milliers d'échantillons, dont les plus anciens ont été récoltés dès le XVIIe siècle. Mais la Nouvelle-Guinée devrait encore donner du fil à retordre aux spécialistes du monde végétal. Selon les auteurs de l'étude, plus de 4 000 nouvelles espèces de plantes pourraient être découvertes dans les 50 prochaines années sur l'île. « C'est un paradis qui pullule de vie », se réjouit auprès du Guardian le biologiste Rodrigo Cámara-Leret de l'université de Zurich, l'un des principaux auteurs du papier.
Lire aussi Le tour du monde des dernières tribus : les Ankavé de Papouasie-Nouvelle-Guinée
Un environnement propice à la biodiversité
L'environnement de Nouvelle-Guinée est propice au développement de la biodiversité. C'est aussi la troisième plus grande île du monde en termes de superficie. Elle est divisée entre les provinces indonésiennes de Papouasie et de Papouasie occidentale, ainsi que l'État indépendant de Papouasie-Nouvelle-Guinée. « Cela permet le développement de plusieurs types d'habitats, comme les mangroves, les forêts marécageuses, les forêts tropicales mais aussi les forêts de montagne, qui ont des niveaux élevés d'endémisme », souligne Rodrigo Cámara-Leret. Des montagnes, dont l'altitude monte jusqu'à 5 000 mètres, parsèment également tout le territoire.
Lire aussi Le grand voyage des plantes
« Et puis tout au sommet, juste en dessous de la limite de croissance des plantes, on trouve ces prairies alpines. Cet habitat est tout simplement unique en Asie du Sud-Est et caractéristique de la Nouvelle-Guinée », poursuit le chercheur. La Nouvelle-Guinée est le terrain de jeu rêvé pour les botanistes du monde entier : un grand nombre d'espèces ne peuvent être observées que sur cette île. Cependant, les expéditions sur place sont trop sporadiques et il est presque impossible aujourd'hui d'évaluer annuellement le nombre de plantes qui poussent sur place. Avant l'étude publiée dans Nature, leur nombre était estimé entre 9 000 et 25 000.

Selon lepoint.fr- Le Point - mercredi 5 août 2020

02/09/2020

Au Cameroun, les ONG de protection de l'environnement ont eu gain de cause...

Les ONG de protection de l’environnement ont eu gain de cause : cette forêt, qui abrite des primates menacés d’extinction, ne sera pas exploitée, a annoncé le gouvernement camerounais mercredi 12 août.

Le gouvernement camerounais a annulé sa récente décision autorisant l’exploitation d’une forêt vierge, a annoncé mardi 11 août le Premier ministre Joseph Dion Ngute, un revirement souhaité par des ONG qui avaient notamment souligné la présence de primates menacés d’extinction dans cette zone.
Mi-juillet, le gouvernement camerounais avait décidé d’affecter à la production du bois d’œuvre plus de 68 000 hectares de la forêt d’Ebo, située au nord de Douala (sud), la capitale économique.
Les communautés locales et Greenpeace avaient dénoncé cette décision, des riverains promettant de tout mettre en œuvre pour obtenir l’annulation de cette mesure.
Joseph Dion Ngute a indiqué avoir procédé le 6 août au retrait du décret par lequel il avait autorisé le projet d’exploitation de cette forêt.
Le Premier ministre explique être revenu sur sa décision sur très hautes instructions du président de la République, Paul Biya.


Des primates menacés d’extinction dans cette forêt
La forêt d’Ebo accueille notamment des primates menacés d’extinction. Le gouvernement camerounais avait par le passé décidé de faire de cette forêt un parc national.
La forêt d’Ebo abrite des primates en danger critique d’extinction dont la condamnation à mort a été signée par le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, avec l’approbation de la présidence de la République du Cameroun, avait déploré Sylvie Djacbou, chargée de la forêt chez Greenpeace Afrique.
Alors que le Brésil a été pointé du doigt pour avoir atteint un niveau de déforestation record de l’Amazonie au premier semestre, la déforestation s’accélère également en Afrique, avait prévenu l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en mai.
La forêt tropicale du bassin du Congo couvre 200 millions d’hectares, et est la deuxième plus grande forêt tropicale au monde après l’Amazonie.

Selon AFP. - Ouest-France - mercredi 12 août 2020

22/08/2020

Protéger les arbres autant que les pyramides...selon Mr Baraton.

Il y a en France des arbres plus vieux que tous les monuments historiques. Pourtant, ils ne bénéficient pas de protection juridique et n'ont pas la possibilité d'être patrimonialisé. Sur Europe 1, Alain Baraton, jardinier en chef du domaine national de Trianon et du grand parc de Versailles, plaide lundi pour que les arbres multicentenaires puissent être protégés au même titre que des monuments en pierre.
"Nos vieux arbres ne sont pas protégés"
"En France les arbres ne sont pas protégés par la loi. Un arbre millénaire, n'est pas protégé par la loi." Un état de fait qui révolte Alain Baraton puisque "cela veut dire que si un maire décide de le couper, il en a parfaitement le droit. C'est scandaleux."

Pour le jardinier en chef de Versailles, cela peut provoquer des drames : "En France, on continue de les maltraiter, de les couper pour des sottises." Et lorsque des voix, comme la sienne, demandent à les protéger, on lui répond "systématiquement qu'il y a d'autres priorités, que l'arbre est un être vivant et qu'à ce titre il est appelé à mourir et qu'on peut difficilement classer. Nos vieux arbres ne sont pas protégés et je le regrette."

Des arbres importants dans l'Histoire
Pourtant, "les arbres les plus anciens ont plus de 9.000 ans" explique-t-il. À ce titre, Alain Baraton juge qu'ils méritent "d'être protégés au même titre que les pyramides". L'arbre le plus vieux de France, un olivier, se trouve à Roquebrune-Cap-Martin : il est âgé de 2.000 ans. Rien qu'à Paris, le square Viviani abrite le plus vieil arbre de la capitale, un acacia, face à Notre-Dame de Paris. "Il a été planté par Jean Robin, jardinier d'Henri IV, c'est le doyen de Paris" et il a 400 ans. "Il faut les protéger", insiste le jardinier en chef du domaine de Trianon.
D'autant que certains arbres ont une histoire, liée à la grande Histoire. C'est le cas du cèdre du Liban du Jardin des plantes, introduit par le botaniste Bernard de Jussieu, qui a amené l'espèce en France et notamment ce "doyen des cèdres". Le marronnier du square Anne-Frank, lui, "est né du marron de l'arbre que voyait la petite depuis ses fenêtres de la maison d'Amsterdam". Ainsi conclut Alain Baraton, "quand on a la chance, comme à Paris, d'avoir des vieux arbres qui sont mis en valeur, il faut continuer à espérer que ça dure longtemps".

Selon Mr Guilhem Dedoyard - Europe 1 - lundi 10 août 2020

21/08/2020

Greenpeace une ONG qui agit partout dans le monde...

L'association Greenpeace puise la richesse et la diversité de ses formes d'engagement dans ses multiples soutiens: bénévoles, militants, donateurs, actifs, experts, lanceurs d'alerte...Des campagnes se succèdent pour lutter contre le changement climatiqu, pour une justice sociale et environnementale, pour protéger notre planète en mobilisant les citoyens et pour s'imposer comme contre-pouvoir face aux institutions qui détruisent malheureusement notre écosystème. Les valeurs portées par l'ONG touchent autant à l'information du public, qu'à la diffusion de ses expertises et à la façon de montrer les alternatives possibles à la société de consommation.

Ses victoires sont nombreuses, grâce notamment aux 50 000 militants/bénévoles dans le monde dont 1 500 en France et à ses adhérents au nombre de 3 millions à l'échelle  mondiale. Ses navires, dont le célèbre Rainbow Warrior, sillonnent les mers du globe. L'action "La République des pollueurs" en avril 2019 à Paris a été très suivie. De même, le travail contre le tout nucléaire en France et pour une vraie démocratie citoyenne a motivé beaucoup de monde. Les actions contre le groupe Total qui fore dans les mers du globe, parfois au mépris de l'écologie (corail, algues, poissons, tortues...), a eu le mérite d'alerter l'opinion, tout comme les scandales de la déforestation en Indonésie et au Brésil.

Pour tout renseignement ou pour un don concernant Greenpeace, joindre sur Internet: www.greenpeace.org.

Lyliane

15/08/2020

Haut Conseil pour le Climat: en France on n'en ferait pas assez...

C’est un document qui donne de sérieux arguments à ceux qui martèlent qu’Emmanuel Macron et son gouvernement n’en font pas assez sur le plan écologique. Le très sérieux Haut conseil pour le climat (HCC), cette instance indépendante chargée d’évaluer la stratégie française pour lutter contre le réchauffement climatique, se montre cette année encore particulièrement critique dans son rapport annuel, rendu public ce mercredi 8 août, et intitulé « Redresser le cap, relancer la transition ».
Après avoir qualifié « d’insuffisantes » les actions engagées par la France contre le réchauffement climatique l’an passé, le HCC, présidée par la climatologue Corinne Le Quéré, ne semble pas beaucoup plus emballé cette année. « Les actions climatiques de la France ne sont pas à la hauteur des enjeux ni des objectifs qu’elle s’est donnés », fustige ce groupe de treize experts, qui compte en son sein des spécialistes reconnus, tels Jean-Marc Jancovici, Valérie Masson-Delmotte, Laurence Tubiana ou encore Alain Grandjean.
« Le Haut conseil pour le climat constate des progrès dans la gouvernance, un accroissement des annonces, mais pas d’avancée structurelle quant au rythme de baisse des émissions. »« Il nous a utilisés pour verdir son image » : on débriefe le retour de Macron sur la convention climat
Une baisse des émissions de CO2 bien trop lente
C’est le premier constat fait par ce Haut conseil pour le climat : la réduction des émissions de gaz à effet de serre continue d’être « trop lente et insuffisante » dans notre pays. En 2019, celles-ci n’ont reculé que de 0,9 %, soit une baisse similaire à la moyenne des années précédentes et encore très loin des -3 % attendus à partir de 2025. Autrement dit, la France n’est toujours pas sur la trajectoire qu’elle s’est donnée pour atteindre la neutralité carbone. Pire, elle s’en éloigne, selon le HCC, qui souligne qu’aucune transformation structurelle n’a été engagée dans les quatre secteurs les plus émetteurs de CO2, à savoir le transport, l’agriculture, le bâtiment et l’industrie.
L’année 2020, marqué par la crise sanitaire, peut-elle être un tournant ? Les experts en doutent sérieusement. Si la crise du Covid marque bien une rupture brutale, avec une baisse historique des émissions de CO2 de l’ordre d’environ 13 % par rapport à cette même période l’année précédente, son impact ne sera probablement que temporaire.
La chute des émissions de CO2 est historique… mais insuffisante pour limiter le réchauffement
Certes, sur l’ensemble de l’année 2020, les émissions françaises devraient diminuer très sensiblement, d’environ 9 % par rapport à 2019, en grande partie du fait de l’effondrement des déplacements. Mais cette chute inédite a toutes les chances de ne pas persister, préviennent-ils. « Un rebond trop fort pourrait compenser une part plus ou moins importante de cette réduction, voir l’annuler et la dépasser ». Et « la baisse temporaire des émissions lors du confinement est marginale par rapport aux efforts à accomplir ».
Bannir tout soutien aux secteurs carbonés
Faut-il vraiment craindre un « effet rebond » dans les prochains mois ? Beaucoup dépendra de la teneur du plan de relance, actuellement en préparation. Prendra-t-il en compte le climat ? Le HCC met en tout cas en garde le gouvernement : « La définition d’un plan de reprise compatible avec les objectifs de transition bas-carbone que le gouvernement s’est donnés est un enjeu essentiel des mois à venir et sera la mesure réelle de l’attention portée au climat ». Pour ses membres, l’enjeu est d’autant plus important que ce plan de reprise aura un effet structurant sur les émissions des prochaines années. « Si une seule recommandation devait être conservée de ce rapport », écrivent les experts, « elle serait de bannir tout soutien aux secteurs carbonés du plan de reprise et de l’orienter le plus possible sur des mesures efficaces pour la baisse des émissions de gaz à effets de serre. »
Les enjeux climatiques doivent être au cœur de la relance, avertit le Haut Conseil pour le Climat
Le gouvernement les entendra-t-il ? Le HCC ne cache pas son inquiétude, au regard des premières mesures prises par l’exécutif en réponse à la crise du COVID-19. Alors que les premières aides publiques ont été principalement tournées vers l’automobile et l’aviation, deux secteurs très émetteurs, le Haut conseil pour le climat s’étonne qu’elles aient été accompagnées de dispositions aussi peu contraignantes. S’agissant de l’automobile, il aurait été souhaitable d’introduire par exemple un critère de poids des véhicules dans les conditions d’éligibilité aux aides à la demande instituées pour relancer les ventes.
Une transition compatible avec l’emploi
Alors que les aides massives à l’automobile et à l’aviation sont justifiées par le risque d’une destruction de l’emploi dans ces secteurs, le Haut conseil pour le climat rappelle dans son raport que transition écologique ne rime pas nécessairement avec casse sociale. Ses membres assurent qu’une réorientation des investissements vers des secteurs moins néfastes pour le climat est compatible avec de réelles préoccupations sociales. Autrement dit, il est possible de concilier l’exigence de court terme de l’emploi, et l’urgence de long terme du climat.
Comment ? En misant sur la rénovation énergétique des bâtiments, en investissant dans les transports publics et les infrastructures de mobilité douce, en déployant des énergies renouvelables… Le Haut conseil climat a ainsi identifié plusieurs mesures de sortie de crise compatibles avec les objectifs climat. Sa conviction :
« La rénovation énergétique des bâtiments, la décarbonation des transports, et l’évolution du système alimentaire sont les mieux à même de réorienter les investissements vers une économie décarbonée, et de répondre aux attentes économiques et sociales, tout en apportant des bénéfices en matière de qualité de l’air et de santé publique. »Supprimer les vols courts, les jets privés et réduire les « miles » : voici comment on peut assainir l’aérien
Mais pour l’heure, ces secteurs ne sont pas au centre des attentions du gouvernement. « La rénovation des bâtiments ne fait l’objet que d’un soutien d’1 milliard d’euros sur 2020 et 2021 », rappelle le HCC. Un montant sans commune mesure avec le soutien de 15 milliards d’euros apporté au secteur aéronautique. Quant au transport ferroviaire, pourtant « porteur de fortes réductions d’émissions », il n’a pas non plus été érigé en secteur de première importance.
Le changement climatique continue de s’aggraver
Alors que l’action du gouvernement patine sérieusement, le Haut conseil pour le climat salue le récent travail mené par la Convention citoyenne pour le climat, qu’il espère voir être valorisé.
Les propositions chocs de la convention citoyenne pour le climat
Le rapport est d’ailleurs ponctué d’un rappel : le changement climatique continue de s’aggraver, et rend la mise en place de mesures fortes plus urgente que jamais. « À l’échelle planétaire, les années 2015-2019 ont été les cinq plus chaudes jamais enregistrées. L’année 2019 a été la plus chaude pour la température de surface en Europe, et a été marquée par deux vagues de chaleur et une sécheresse exceptionnelles en France ». Et « le premier semestre 2020 est le plus chaud jamais enregistré en France ».
« Il est donc temps de redresser le cap et de relancer la transition. »

Selon Mr Sébastien Billard - L’Obs - mercredi 8 juillet 2020

11/08/2020

L'Opératrion "Sentinelles de la nature" se déploie en Ile-de-France...

L'opération Sentinelles de la ­nature se déploie en Ile-de-France. Ce projet participatif permet à chacun de devenir acteur de la préservation de son cadre de vie avec une application et une interface numérique* ; de déclarer, en quelques clics, une atteinte à l'environnement : dépôt sauvage de déchets ; déversement de produits toxiques ; pollution lumineuse… "Vous pouvez aussi faire connaître des initiatives positives telles que le nettoyage d'une forêt, précise Thibaud Saint-­Aubin, coordinateur du lien fédéral à France nature environnement (FNE). L'idée, c'est que les citoyens puissent s'approprier les enjeux environnementaux de leur territoire."

Les déchets sauvages sont les plus visibles
Lancé en 2015 par plusieurs associations en Rhône-Alpes et porté au niveau national par la FNE, le dispositif a été étendu à l'Ile-de-France en 2018, mais "il faut du temps pour créer un réseau et le mobiliser", explique Maxime Colin, juriste environnement à la FNE. L'une des atteintes les plus visibles - et le plus souvent rapportées - reste le dépôt sauvage de déchets, particulièrement problématique en Ile-de-France (244.000 à 305.000 tonnes par an) mais aussi plus facile à identifier pour un public non averti.

"Pour former les volontaires à la veille environnementale, la FNE Ile-de-France propose depuis février des ateliers Sentinelles de la nature sur des thèmes précis tels que la pollution lumineuse ou le déploiement de la 5G. "On a besoin d'une vigilance citoyenne plus vive", insiste Maxime Colin. "Nous devons améliorer la prévention, souligne l'association Val de Seine vert. Avoir des relais citoyens est essentiel."

Pour en savoir plus, joindre :www.sentinellesdelanature.fr.

Selon Mme Christel de Taddeo - leJDD - samedi 4 juillet 2.

10/08/2020

Surexploitation des forêts européennes...

Quand l'Europe semble vouloir se mettre au vert, certains chiffres ont de quoi laisser dubitatif. Comme celui révélé dans la revue Nature à partir d'une étude, relayée par Le Figaro : en Europe, la superficie des forêts exploitées a augmenté de 49 % entre 2016 et 2018, en comparaison de la période 2011-2015.
Sur les 26 pays de l'Union européenne (en incluant le Royaume-Uni, mais pas Malte ni Chypre), la Suède et la Finlande représentent la moitié de l'augmentation des zones récoltées, précisent les chercheurs du Centre commun de recherche de l'Union européenne (JRC), qui ont participé à l'étude. Dans le même temps, grâce à des données satellitaires, les auteurs des travaux ont constaté que la taille moyenne des parcelles exploitées a augmenté de 34 % sur l'ensemble du Vieux continent. 
Lire aussi Ikea utilise-t-il du bois abattu illégalement ?
Une hausse partie pour durer ?
"L'application en Europe de la directive sur la bioéconomie, en particulier l'utilisation du bois comme énergie renouvelable, pourrait en particulier expliquer cette demande", analyse, pour Le Figaro, Thuy Le Toan, chercheuse émérite au Centre d'études spatiales de la biosphère de Toulouse. Elle ajoute : "Cette directive a d'ailleurs été fortement critiquée par la communauté scientifique pour son impact potentiellement négatif sur la forêt à l'échelle globale". "On peut s'attendre à ce que cette hausse continue", poursuit la chercheuse, puisque l'objectif européen en matière d'énergies renouvelables est de 32 % en 2030. Les chiffres mentionnés plus haut sont toutefois à nuancer avec un autre. Car si les zones exploitées augmentent en Europe, les forêts européennes, elles, sont toujours plus étendues : entre 1990 et 2015, leur taille a augmenté de 90 000 kilomètres carrés, grâce à la replantation des arbres coupés.

 Les chiffres mentionnés plus haut sont toutefois à nuancer avec un autre. Car si les zones exploitées augmentent en Europe, les forêts européennes, elles, sont toujours plus étendues : entre 1990 et 2015, leur taille a augmenté de 90 000 kilomètres carrés, grâce à la replantation des arbres coupés.

Selon Lepoint.fr-Le Point -3/7/2020

04/08/2020

La nature mérite mieux qu'un répit...

La crise du Coronavirus a bouleversé nos habitudes de consommation, de travail et de déplacement, écrit un journaliste de Greenpeace. Cette crise agit comme un révélateur des dysfonctionnements d'un modèle qui creuse les inégalités et détruit l'environnement. Pendant cette crise sanitaire,notre quotidien, nos habitudes et nos relations ont été chamboulées. Nous sommes nombreux et nombreuses à avoir savouré la tranquillité et le temps retrouvé pour cuisiner, bricoler, réfléchir, à avoir apprécié ce répit offert à la nature: moins de pollution, pas d'avion dans le ciel, des animaux sauvages reprenant leurs espaces...Bref, nous avons compris à quel point le monde d'avant était destructeur pour le vivant.

 Un puissant désir de changement s'exprime, car nous aspirons à une vie heureuse et respectueuse de la nature. Le temps de l'hyper semble révolu: hypermobilité, hypermondialisation, hypermarché... La santé, le bien-être et la protection de l'environnement doivent être au coeur de toutes les priorités. Les pollueurs quoi qu'il en soit se sont vite déconfinés: Amazon  a cherché à poursuivre son activité... Le Medef, le CCFA (lobby de l'auto) et l'IATA (lobby de l'aviation) ont sollicité très vite le report des normes environnementales contraires à leurs intérêts. Air France a obtenu une aide publique de 7 milliards d'euros sans aucune contrepartie écologique. Au sommet de l'Etat la croissance semble plus importante que l'écologie.

Pourtant la crise sanitaire a prouvé que les pays industrialisés peuvent modifier leur machine économique pour sauver des vies. Une volonté politique pourrait donc organiser la décroissance des activités polluantes, en poussant le "consommez moins", en mettant fin à la société de consommation. En Suisse, le patronat a bien compris  le danger ... Sous la pression citoyenne, le monde d'après devrait se montrer différent, du monde d'avant. Désir de ralentir, plus de solidarité, de sobriété, de protection des écosystèmes devraient s'installer peu à peu... Et si nous choisissions de donner enfin l'impulsions du changement?

Lyliane

 

03/08/2020

Convention citoyenne pour le climat: des avancées...

Emmanuel Macron a annoncé, lundi devant les 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat, retenir 146 de leurs 149 propositions, dont la plupart feront l'objet d'un "projet de loi spécifique" multi-mesures en septembre. Il a aussi annoncé 15 milliards supplémentaires pour la conversion écologique. Le débat sur la limite des 110 km/h sur l'autoroute est, lui, "reporté".
Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont reçu ensemble lundi les 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat dans les jardins de l'Élysée. Six d'entre eux ont présenté les conclusions de leurs travaux au chef de l'État, avant qu'il n'apporte ses réponses. Le président de la République a ainsi annoncé qu'il comptait transmettre au gouvernement ou au Parlement, ou encore soumettre à référendum "la totalité des propositions" de la Convention citoyenne pour le climat, "à l'exception de trois d'entre elles", soit 146 sur 149. Certaines seront décidées dès la fin juillet, d'autres intégrées au plan de relance mais la plupart feront l'objet d'un "projet de loi spécifique" multi-mesures en septembre, a-t-il précisé.
15 milliards supplémentaires pour la conversion écologique
"L'État prendra toute sa part : 15 milliards d'euros supplémentaires sur deux ans seront injectés pour la conversion écologique de notre économie", a également déclaré Emmanuel Macron, promettant la mise en place d'un "fonds de transformation écologique de notre économie dans le plan de relance" pour notamment "investir dans les transports propres, rénover nos bâtiments" et "inventer les industries de demain".
Le président a aussi approuvé le principe d'un moratoire sur les nouvelles zones commerciales dans la périphérie des villes ainsi que celui de mesures d'aides pour la rénovation des bâtiments. "Arrêter la bétonisation, c'est un projet pour rendre notre pays plus humain, au fond plus beau" et pour retrouver des commerces de centre-ville et mettre fin à un étalement des logements, a-t-il insisté, "c'est un modèle dont nos concitoyens veulent sortir".
Création d'un groupe de suivi pour inscrire le terme "écocide" dans le droit français
La Convention citoyenne pour le climat propose également l'introduction du crime d'"écocide" dans le droit français, afin de sanctionner une atteinte grave à l'environnement. Estimant qu'il fallait "faire en sorte d'inscrire ce terme dans le droit international pour que les dirigeants" puissent rendre "compte", il s'est engagé à porter "ce combat au nom de la France dans des instances multilatérales". Un groupe de suivi sera créé pour réfléchir à la façon de l'inscrire en droit français. 
Selon la proposition de la Convention, "constitue un crime d'écocide, toute action ayant causé un dommage écologique grave en participant au dépassement manifeste et non négligeable des limites planétaires, commise en connaissance des conséquences qui allaient en résulter et qui ne pouvaient être ignorées. Afin que la sanction possible soit dissuasive, la peine encourue doit être, dans le cas d'une violation par une entreprise, outre une peine d'emprisonnement et une amende pour les dirigeants d'entreprise ou les personnes directement responsables, une amende en pourcentage significatif du chiffre d'affaires de cette entreprise et doit inclure l'obligation de réparation". 
Macron en désaccord avec une taxe de 4% sur les dividendes
Emmanuel Macron s'est en revanche opposé à trois mesures sur les 149 proposées par les membres de la Convention. Le président de la République a ainsi décidé de "reporter le débat" sur la limitation à 110 km/h sur autoroutes pour éviter qu'elle ne "s'abîme dans une polémique" et connaisse le "même sort" que la mesure des 80 km/h.
"La transition écologique ne doit pas se faire au détriment des communes, des régions les plus enclavées", a plaidé le chef de l'État. "Pour que ça marche, il ne faut pas stigmatiser les gens, il ne faut pas les diviser, il faut réussir à les embarquer tous ensemble. Si on fait ça, nos concitoyens qui sont dans les territoires les plus enclavés qui parfois mettent tous les jours 45 minutes ou une heure en utilisant les grands axes pour aller travailler, dont la vie s'organise par ses transports, ils vont dire : OK, leur projet c'est un projet urbain, il n'y a pas de place pour moi".
Parmi les autres mesures proposées par la Convention et écartées par Emmanuel Macron : la taxe de 4% sur les dividendes, qui risquerait selon le chef de l'État de "décourager l'investissement". Il s'est également opposé à la proposition de la Convention de réécrire le préambule de la Constitution en plaçant l'environnement au-dessus des autres valeurs fondamentales de la République. "Telle que proposée, la rédaction menace de placer la protection de l'environnement au-dessus des libertés publiques, au-dessus même de nos règles démocratiques", a-t-il commenté.
Concernant une autre mesure proposée par la Convention, un moratoire sur l'accord commercial UE-Canada (Ceta), le président a déclaré : "Je vous réponds, continuons à évaluer".
Macron favorable aux référendums dès 2021
Emmanuel Macron s'est tout de même dit "prêt" à soumettre à des référendums dès 2021 certaines propositions de la Convention citoyenne pour le climat, d'une part pour modifier la Constitution, d'autre part pour des mesures spécifiques. "La réécriture de l’article 1er de notre Constitution (...) pour introduire les notions de biodiversité, d’environnement, de lutte contre le réchauffement climatique (...), je suis favorable à cette proposition", a-t-il dit, en se disant aussi ouvert à un référendum "sur un ou plusieurs textes de loi" reprenant d'autres propositions de la Convention.
"Les symboles comptent : la République sociale, la République des territoires sont désormais inscrites dans notre Constitution. Il est légitime de réfléchir à inscrire l'écologie à son tour", a-t-il dit. Dès lors le chef de l'Etat est favorable à engager à l'Assemblée nationale et au Sénat un débat en vue d'une réforme constitutionnelle qu'il souhaite "voir aboutir d'ici 2021". "Je suis prêt à recourir au référendum si celui-ci était alors constitutionnellement possible après le vote des Chambres", a-t-il insisté.
Bientôt d'autres conventions citoyennes ?
Le chef de l'Etat souhaite enfin la création de nouvelles conventions citoyennes, "sur d'autres sujets" que le climat, et a annoncé la prochaine transformation du Conseil économique social et environnemental (Cese) en "chambre des conventions citoyennes". "Vous avez montré qu'il était possible sur un sujet difficile, inflammable même, de créer du consensus" a-t-il loué, ajoutant qu'une réforme du Cese, assemblée composée de représentants sociaux, "sera présentée au prochain Conseil des ministres, qui en fera la Chambre des conventions citoyennes".

Selon Mme Céline Bregand avec AFP - Europe 1 - lundi 29 juin 2020

01/08/2020

Pour une cohabitation homme/animal...

Le WWF nous fait comprendre que" lorsqu'ils n'ont plus d'autres solutions, des animaux sauvages et des hommes entrent en conflit". En effet, la population mondiale ne cessant de croître, l'humain empiète chaque jour un peu plus sur la nature, privant les animaux sauvages de proies naturelles et d'habitat. Etres humains et animaux sauvages sont aujourd'hui contraints de partager leurs espaces vitaux, sous la pression de l'urbanisation, du dérèglement climatique et de la surconsommation.

Aidons le WWF à agir partout dans le monde pour un juste partage des territoires et des ressources. Il y a des solutions comme celle de protéger l'ours et d'accroître l'acceptation des plantigrades par les habitants, les élus et les bergers. En mer, on peut réglementer le trafic des bateaux de pêche en s'adaptant aux déplacements des cétacés pour limiter le risque d'incidents. De même, en créant des aires protégées pour les éléphants et en protégeant l'habitat de la panthère, il est possible de freiner l'extinction des espèces sauvages menacées.

Il faut savoir, en effet, que dans toute l'Asie, il reste 40 000 éléphants environ et que l'espèce a diminué d'au moins 50% sur les 3 dernières générations. En France il subsiste moins de 40 ours bruns dans les Pyrénées et moins de 200 lynx dans nos montagnes (Vosges, Alpes, Jura). Quant à la panthère des neiges, l'espèce a reculé de 20% en seulement 16 ans. Enfin, si nous n'y prenons pas garde, plusieurs espèces de dauphins par exemple pourraient disparaitre prochainement.

Pour tout renseignement sur le WWF ou pour effectuer des dons, contactez le site: www.wwf.fr.

Lyliane

16/07/2020

Planter des milliards d'arbres, est-ce la solution?

Compenser un trajet en avion ou le pompage de pétrole en plantant des forêts à perte de vue. Cette idée en vogue cache de nombreux problèmes pour les écosystèmes comme pour les populations vivant sur les terres de plantations, selon le chercheur sud-africain William Bond.
Tous les jours, retrouvez le Fil vert, le rendez-vous environnement de Libération.

Restaurer 350 millions d’hectares de «terres déforestées ou dégradées» d’ici dix ans, afin d’améliorer le stockage du carbone et donc de lutter contre le dérèglement climatique. L’engagement international, pris par de nombreux pays dans le cadre du Challenge de Bonn lancé en 2011 par l’Allemagne et l’Union internationale pour la conservation de la nature, suscite l’enthousiasme de multiples entreprises qui y voient un moyen de compenser leurs émissions de gaz à effet de serre. Pour le chercheur sud-africain William Bond, spécialiste des savanes à l’université du Cap, une grave erreur est en train d’être commise. Dans un article scientifique publié en novembre dans la revue Trends in Ecology and Evolution, il met en lumière plusieurs problèmes derrière ces ambitions.

Comment avez-vous mené vos travaux pour aboutir à cet article ?
J’étudie depuis une trentaine d’années le fonctionnement des savanes et prairies africaines. Mes travaux m’ont permis d’identifier comment sur certains sols, si on y plante des forêts et qu’on les coupe, les écosystèmes originaux ne reviendront jamais. Pourtant, ces prairies et savanes qui existent depuis des millénaires sont extrêmement riches en biodiversité, hébergent des plantes aux rares vertus médicinales et sont cruciales pour l’économie de certains pays africains.
J’ai appris l’existence du challenge de Bonn lors d’une étude de terrain à Madagascar. Cela m’a beaucoup inquiété. Avec d’autres collègues internationaux, nous avons alors décidé d’étudier la faisabilité et les possibles conséquences de projets d’afforestation [quand on plante des arbres là où il n’y en a jamais eu, ndlr] de telle ampleur. Nous n’avons abouti qu’à des bénéfices très faibles en termes de réduction de gaz à effet de serre.
Beaucoup d’entreprises disent être en mesure de respecter les engagements de l’accord de Paris en compensant leurs émissions via ces projets de plantation d’arbres. Qu’en pensez-vous ?

C’est un désastre. Cette soi-disant solution n’en est pas une. Tout d’abord parce que la séquestration du carbone dans le sol par les arbres est un processus très lent, même si les plantations sont bien réalisées. Le seul véritable levier afin de lutter contre le changement climatique à court terme est la réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre. Ce sont aux gouvernements, surtout en Europe et en Amérique du Nord, et aux grandes entreprises de le faire. Planter des milliards d’arbres n’est pas la solution, surtout en Afrique.

Le meilleur moyen de préserver la nature et aider à stocker du carbone est de restaurer les endroits qui ont hébergé des forêts auparavant et ont été déforestés. Il y a en a beaucoup. Dans les villes aussi, il est pertinent de planter des arbres pour enrichir la biodiversité, produire de l’ombre et contrer les îlots de chaleur. Une grande partie du problème est la volonté de fixer un objectif chiffré. Pourquoi 350 millions d’hectares ? C’est un objectif déconnecté des réalités biologiques et sociales de terrain. Il a été fixé à partir de la carte établie par le think-tank américain World Resources Institute. Mais plusieurs travaux scientifiques ont prouvé depuis que cette carte est erronée. On y trouve de nombreuses zones de savanes et prairies naturelles où il ne faut pas planter d’arbres.

Ces objectifs mirobolants sont aussi absurdes d’un point de vue économique. J’ai travaillé, par le passé, pour un organisme de gestion forestière. C’est une industrie qui est bénéfique pour les économies. Mais une fois qu’on aura planté ces millions d’hectares de forêt qui devront être renouvelés pour stocker toujours plus de carbone, que deviendra le bois? A-t-on réfléchi à ce que cela impliquera pour le prix de cette ressource et pour les entreprises qui en dépendent ?
Dans le cadre de la déclinaison africaine du challenge de Bonn, le Cameroun, par exemple, compte restaurer ou reforester l’équivalent d’un tiers de son territoire. Comment cela est-ce possible?


Ils ne peuvent pas le faire d’une manière correcte. Les personnes qui payent pour ces programmes le font avec pour but de séquestrer du carbone. Qui reçoit l’argent ? Qui va en bénéficier dans les pays en Afrique ? Ce sera des ministres, ainsi que les intermédiaires tout au long de la chaîne de commandement qui se réjouiront d’obtenir des dollars américains qui ont une grande valeur sur place. Comment cela se traduit-il pour les habitants sur le terrain qui ne peuvent plus cultiver ces terres, gérer les feux de forêts convenablement et élever leurs animaux dans ces zones maintenant réservées aux forêts ? Ces projets impliquent des transformations sociales massives. La grande majorité du temps, les habitants n’ont pas leur mot à dire. Un autre problème se pose : le choix des arbres plantés. A Madagascar, on voit se développer d’immenses plantations de pins et d’eucalyptus. Ce sont des espèces qui n’existent pas naturellement sur l’île. On ne mesure pas les risques de bouleversement pour les écosystèmes dont dépendent les populations.
Ces financements devraient plutôt chercher à aider l’Afrique à s’urbaniser de manière soutenable et éviter l’énorme pic d’émissions qu’on a vu lors du développement de la Chine par exemple. Cela créerait une réelle différence dans la vie des gens et pour le monde.

Selon Mme Aude Massiot - Liberation - lundi 15 juin 2020