Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

24/03/2021

Le cuivre dans la viticulture...

Le cuivre, c'est un peu le glyphosate des bios. Pas un jour sans qu'un vigneron labellisé AB ou autre ne s'entende dire : « Ah oui, le bio, c'est bien, mais tout de même il y a le cuivre. » Et ceux qui en parlent (mal) le plus sont soit des voisins qui préfèrent utiliser des produits dits « conventionnels », c'est-à-dire issus de l'industrie chimique, soit (comme pour le glyphosate) des gens qui n'y connaissent pas grand-chose, mais qui détiennent cependant la vraie vérité. Le sulfate de cuivre est utilisé depuis le XIX siècle pour lutter contre le mildiou, et c'est le seul vraiment efficace autorisé en culture biologique. Alors, une vingtaine de ces vignerons bio catégorie poids lourd (en termes de notoriété) se sont associés pour financer une étude qui pourrait s'intituler, façon Woody Allen, « tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le cuivre sans jamais oser le demander ».
Ou, comme le dit Pierre de Benoist, qui dirige le domaine De Villaine à Bouzeron, en Bourgogne : « C'est important de montrer à ces bien-pensants environnementaux que le cuivre n'est pas ce qu'ils pensaient. »Dijon, a rassemblé un certain nombre d'experts, dont des directeurs de recherche à l'Inrae (Institut national de la recherche agronomique), « afin de garantir sa rigueur et son objectivité », et a procédé à une recherche bibliographique sur le sujet. En clair, Novasol Experts a procédé à l'examen de plus de 300 articles pour constater que « la littérature scientifique académique est peu fournie concernant l'impact du cuivre sur la biodiversité des sols viticoles (4 articles seulement répondent à la question) », écrit Battle Karimi, docteure en écologie microbienne, qui a rédigé le compte rendu de l'étude. Les experts se sont alors tournés vers d'autres secteurs agricoles, comme les vergers, etc.
« Finalement, la synthèse porte sur 19 articles scientifiques, 75 % d'entre eux apportant des résultats issus d'expérimentations en laboratoire, c'est-à-dire généralement menées sur un seul type de sol et dans des conditions découplées de tout contexte agroclimatique. Seulement 4 études apportent des résultats sur l'impact du cuivre accumulé dans le sol sur sa biodiversité. »


À 4 kilos par hectare, aucun danger
 Conclusion : en dessous de 200 kilos par hectare, le cuivre n'affecte pas la faune microbienne des sols. Les vers de terre seraient en diminution après des traitements trois années de suite de 40 kilos/ha. « D'après cette synthèse, la littérature scientifique académique actuellement disponible montre un impact écotoxicologique du cuivre sur la biodiversité du sol seulement à partir de 200 kg/ha/an apporté, et il est impossible de conclure objectivement à un quelconque impact à une dose de 4 kg Cu/ha/an », écrit en guise de conclusion Battle Karimi. La dose de 4 kilos par hectare représente la limite maximum autorisée aujourd'hui au niveau européen.

« Je ne suis pas surpris », commente Jean-Marie Bouldy, vigneron bio à Pomerol (Château Bellegrave), en découvrant l'étude de Novasol Experts. « Depuis longtemps, par mes lectures, par mes rencontres avec des gens comme Claude Bourguignon, j'ai compris que le cuivre n'était pas un métal lourd, car il est oxydable, contrairement au mercure, par exemple. C'est un oligo-élément nécessaire à la santé. On prend une pelle, on fait un trou dans nos vignes, on tombe sur les vers de terre? Je suis en bio depuis quinze ans. Si j'avais tué mes sols, on ne verrait pas les vers de terre. Les feuilles tombent, et deux mois après, tu ne les vois plus, elles se dégradent vite, car elles sont mangées par la microfaune sauvage, les micro-organismes et les vers de terre. On a des sols qui sont hypervivants. L'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation), l'Europe sont sous le joug des chimiquiers. »
« Maintenant, poursuit-il, l'Anses veut nous interdire le lissage, ce qui signifie qu'une année où il y a une forte pression, on en met 5 kilos et l'année d'après, 2 kilos. Je ne comprends pas que le cuivre soit le bouc émissaire de la pollution agricole. Les CMR (substances cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction), les SDHI (fongicides), on les laisse, ils ne sont pas interdits dans l'HVE (label Haute Valeur environnementale). Chaque organisme a besoin d'oligo-éléments et donc de cuivre pour vivre. »
Le seul remède contre le mildiou
 Thomas Duroux de Château Palmer, à Margaux, fait, lui, partie des commanditaires de l'étude. Il partage cet avis et se veut optimiste : « On vérifie que ce qu'on nous baratine est sans fondement scientifique. Ces résultats démentent totalement les normes qu'on veut nous faire avaler aujourd'hui. La lame de fond est puissante autour de ces questions environnementales. Je suis très confiant sur la prise de conscience de l'agriculture en général. » Même constat en Bourgogne, où, cependant, le mildiou fait ces dernières années moins de ravages que dans le bordelais, qui connaît une humidité plus importante.
« Qu'on soit en bio ou en conventionnel, le seul remède, c'est le cuivre », ajoute Pierre de Benoist. « Le soufre comme le cuivre, ce sont des dons de la terre. Quand j'étais petit, on voyait les vignes bleues, tant les doses étaient fortes : 30, 40 kilos l'hectare? Aujourd'hui, on utilise des doses qui n'ont rien à voir, un matériel qui a changé, une connaissance qui s'est accrue, la météo, des techniciens? Le cuivre permet de faire tourner une économie et de faire travailler des gens dans de bonnes conditions sanitaires. »

Selon Mr Jacques Dupont - Le Point - vendredi 12 février 2021

Écrire un commentaire