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06/09/2019

Pourquoi faut-il sauver les éléphants?

Yann Wehrling, ambassadeur de France à l'environnement, conduira à partir de samedi à Genève la délégation française à la convention internationale qui régit le commerce des espèces en danger. Il milite pour que les éléphants d'Afrique puissent bénéficier du niveau de protection maximal.
"Le samedi 17 août, s'est ouvert à Genève la 18e conférence des parties de la "CITES". Pour les non-initiés, comprendre "la Convention sur le commerce international des espèces de faunes et de flores menacées d'extinction". "Pour les non initiés"… Voilà justement le problème. Ces décisions extrêmement importantes doivent cesser d'être uniquement des débats de spécialistes. Les arbitrages pour savoir s'il faut oui ou non protéger telle ou telle espèce en danger sont discutés en cercle restreint, bien trop loin des opinions publiques, avec des résultats parfois étonnants, aboutissant, comme pour l'éléphant par exemple, à un niveau de protection insuffisant alors même que sa population ne cesse de décroître.
Pourtant, l'opinion publique est aujourd'hui largement convaincue des enjeux environnementaux qui sont devant nous. Elle l'est notamment sur la question de la protection des espèces en danger. L'opinion publique pousse les dirigeants à agir. Je suis certain qu'un appel à sauver les éléphants d'Afrique, émis par les jeunes actuellement mobilisés pour le climat, et je pense notamment à la jeune Greta Thunberg, à l'attention des gouvernements réunis la semaine prochaine à Genève pour la CITES, aurait un retentissement à même de faire bouger les décisions qui sont envisagées.

La question clé à laquelle nous devons répondre, et la France a décidé d'y répondre clairement, c'est d'être cohérent quand nous actons que nos activités ont dangereusement mis en péril notre environnement. Ainsi, quand des scientifiques, l'Ipbes (le Giec de la biodiversité), nous remettent un rapport en avril dernier, en nous alertant sur l'état critique de la biodiversité à l'échelle planétaire, nous avons le devoir de nous saisir de toutes les occasions qui nous sont offertes pour empêcher le déclin de cette biodiversité.
Et précisément, cette réunion de la CITES est l'occasion, pour tous les pays du monde, de renforcer la protection des espèces les plus menacées. Pour l'éléphant par exemple, près d'une trentaine de pays africains demandent à la communauté internationale de classer toutes les populations d'éléphants dans le degré le plus élevé de protection (en langage "CITES" : dans l'annexe I) et de mettre un terme au commerce de l'ivoire. La France soutient cette demande et a, pour son marché intérieur, interdit le commerce de l'ivoire.
Une petite poignée de pays dans le monde en ont fait autant. Si peu, trop peu. Même au sein de l'Union européenne, la grande majorité des États membres ne l'ont pas fait, et, pire, elle envisage de ne pas apporter son soutien à la demande des pays africains de classer tous les éléphants d'Afrique en annexe I de la CITES."

Ne pas réussir à protéger l'éléphant d'Afrique est symptomatique du décalage que nous vivons entre la réalité et les actes. Les considérants commerciaux, économiques, diplomatiques, pèsent aussi lourds que la conservation des espèces. Or, le monde de demain, celui qu'il faut réussir à bâtir, c'est d'inverser les priorités. Coûte que coûte, car la biodiversité n'a pas de prix, entre la disparition d'une espèce et des considérants économiques, la communauté internationale a les moyens de faire le choix de la biodiversité. Le modèle économique que nous devons avoir demain est celui qui est conciliable avec la préservation des espèces. Tout autre modèle est tout simplement insensé.
Insensé car quel sens peut-on trouver dans l'élimination volontaire des éléphants, puis, en cascade, de tant et tant d'autres espèces sauvages qui peuplent notre planète? Certains rappelleront à juste titre que la Terre a déjà connu des extinctions de masse. Elle s'en est remise, et la biodiversité aussi… rangeant néanmoins au rayon des fossiles bien des espèces. Nous pourrions bien terminer nous aussi en fossile pour laisser place à une nouvelle biodiversité… sans nous.

Imaginez quelques instants ce monde, devenu terriblement triste, silencieux, sans bourdonnement d'insectes, sans chants d'oiseaux, sans baleine, sans dauphins, sans oiseaux migrateurs en V dans le ciel, sans la magie d'un blaireau, d'une chouette, ou d'une huppe qu'on voit furtivement dans un coin de campagne… sans éléphants?
Ce monde, qui en veut? Personne! C'est pour cela, pour éviter cela, qu'il faut sauver les éléphants, et donc, en réalité, toute cette biodiversité dont nous dépendons tant, totalement et depuis toujours."

Yann Wehrling - leJDD - vendredi 16 août 2019

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