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12/12/2018

Sans le Sud, on perd le Nord!

"L'ordre mondial doit changer!", selon le chercheur Mr Bertrand Badie, professeur à Sciences-Po-Paris, expert en relations internationales. Mr Badie vient en effet de publier aux éditions La Découverte un ouvrage au titre évocateur:" Quand le Sud réinvente le monde". Dans cet ouvrage, analyse Mr Michel Abescat qui a interviewé l'auteur pour le journal Télérama, nous prenons conscience des vrais dangers qui nous menacent en regardant le monde du point de vue des pays du Sud et non depuis notre horizon de gens des pays du Nord.

Pour Mr Badie, regardons le terrorisme, les guerres, les migrants...et réalisons que "longtemps exclu du jeu international, le Sud se rappelle violemment à l'Occident". Empêtrés dans leurs vieux schémas d'un monde issu de la paix de Wesphalie en 1648, nos politiques peinent à lire les transformations en cours, affirme le chercheur. "A l'heure de la mondialisation, pouvons-nous continuer à exclure les pays du Sud du jeu international"? Les vieilles grandes puissances ( Europe, Etats-Unis, Russie…), autrefois hégémoniques et compétitives, montrent actuellement leur impuissance avec leurs grands principes et leurs systèmes hiérarchiques un peu dépassés dans un contexte d'interdépendance généralisée et de mobilité de communication.

Aujourd'hui, nous devons prendre conscience que le Sud pèse un poids considérable. A l'ONU, ils ont la majorité absolue, car ils représentent plus des 3/4 de l'humanité en terme démographique. Or ils sont toujours réduits au statut de citoyens passifs de la mondialisation. Ils ont été contraints de s'aligner sur les normes internationales et ils ont jusqu'ici été placés sous la quasi-régence des grandes puissances. Mais voyons le en face: la gouvernance mondiale ne fonctionne pas et de nouvelles violences se font jour. Les inégalités entre le Nord et le Sud comme à l'intérieur des Etats sont plus fortes que jamais...

Dans l'avenir de la paix, dit Mr Badie, "l'insécurité alimentaire et sanitaire pèse plus lourd que les missiles". L'être humain ne se laisse pas indéfiniment déterminer par sa situation d'infériorité. Les guerres au Sahel, dans la Corne de l'Afrique, au Moyen-Orient, en Afghanistan sont menées par des milices, des seigneurs de guerre, des organisations difficiles à contrôler. L'instrument militaire sophistiqué de nos pays du Nord peine à s'adapter à des foyers diffus, mobiles, sporadiques (Libye, Mali, Syrie, Yemen, Nigéria, Somalie...).

Aussi, selon Mr Badie, "nous ne sommes pas seuls au monde" ( titre de son avant-dernier ouvrage) et "s'il n'y a pas de redistribution au niveau mondial, la violence risque de croître". Il termine par un appel à nos responsabilités dans les conflits(vetos à l'ONU, vente d'armes…) et à un accueil des migrants, ce qui est aujourd'hui à ses yeux non seulement notre devoir, mais surtout notre assurance de pays du Nord. Un partenariat entre les pays du Nord et leurs anciennes colonies, par exemple, lui paraît à instaurer en priorité dans les pratiques et non dans les seuls discours. Il termine par cette phrase:"Ne diabolisons plus les réactions des peuples trop longtemps humiliés ou dominés et regardons la réalité en face!"

Pour en savoir davantage, se reporter aux livres de Mr Badie: "Le temps des humiliés" aux éditions O. Jacob, "Nous ne sommes plus seuls au monde" à La découverte et "Quand le Sud réinvente le monde" qui vient de sortir à La Découverte.

Lyliane

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