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07/06/2018

Libérer la parole des réfugiés...

Mme Juliette Bénabent et Mme L. Ancona se sont associées, dans le journal Télérama de cette fin mai 2018, pour recueillir et illustrer les propos de Mme Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, psychologue, qui aide les exilés à reprendre pied dans le réel. En effet, qu'ils soient du Sri Lanka, du Mali, du Bangladech ou du Soudan, à la consultation de psycho-traumatisme de l'hôpital Avicenne de Bobigny où elle les reçoit deux jours par semaine, cette femme reconnaît que son rôle n'est pas simple. Il faut à la fois les écouter à travers les phrases traduites par un interprète, les faire néanmoins s'exprimer pour qu'ils tentent de libérer leurs angoisses, leur donner de bonnes adresses pour subsister, les accompagner à l'OFPRA et parfois même les prendre dans les bras quand le contact physique paraît nécessaire...

 

Beaucoup de ces exilés ont perdu leurs repères: ils ont des cauchemars, revivant en boucle les violences auxquelles ils ont assisté. Leurs symptômes traumatiques s'ajoutent à leur dénuement et à leur peur du lendemain. Mme Saglio-Yatzimirsky face à eux «se sent non seulement psychothérapeute mais aussi citoyenne». L'exilé dit-elle, a besoin d'une parole restaurée comme instrument de paix et c'est ce qu'elle tente de faire avec eux. Car, la personne exilée est coupée de ses racines, elle vit dans une situation précaire et son avenir dépend de la décision arbitraire de l'Etat... La plupart du temps la police lui demande des papiers d'identité et ses interlocuteurs à la Préfecture ou à l'OFPRA lui réclament des preuves du bien-fondé de sa requête...

 

La psychologue, qui est anthropologue, enseignante à l'Inalco et qui mène aussi des recherches sur l'exclusion sociale, va tous les trois mois à Calais. Elle y découvre comment on chasse de leurs abris de fortune et comment on parque ces malheureux. Elle a rassemblé dans un ouvrage poignant leurs mots. Ce livre publié aux éditions Albin Michel s'intitule: «La voix de ceux qui crient, rencontre avec des demandeurs d'asile». Tout cela l'amène à affirmer:«nier à une personne sa place dans le monde, c'est une autre manière de la tuer». Pour Mme M.C. Saglio-Yatzimirsky:«Ne pas écouter la souffrance de ces exilés est non seulement une faute pour un Etat de droit, mais aussi une erreur dangereuse pour notre avenir».

 

Ces gens, en effet, sont pacifiques et brisés par leur périple pour fuir leur pays. Mais ils ont faim, ils ont froid, on ne les laisse ni travailler, ni s'installer quelque part. Ils attendent patiemment une décision... Mais que feront-ils si nous ne trouvons pas rapidement de solution humaine? Car, selon la psychologue, quoi que nous fassions, il nous faut réaliser que l'immigration est loin d'être terminée! Notre politique d'accueil ne serait-elle pas à repenser? Nos campagnes désertées de leurs habitants ne pourraient-elles pas s'enrichir de ces populations jeunes et déjà formées dans leur patrie? Les peurs de certains d'une société multiculturelle, qui existe pourtant déjà dans la réalité, va-t-elle conditionner notre avenir? Ne construisons-nous pas aujourd'hui une résilience et un avenir commun pour nos enfants, demande-t-elle?.

 

J'espère pour ma part que face à la souffrance de ces exilés, nous trouvions ensemble des réponses acceptables sans nous laisser manipuler par des partis politiques extrémistes, par la peur de l'étranger ou par la crainte de perdre des privilèges. Dans un passé relativement récent, nous avons vu ce que l'exclusion et l'antisémitisme ont pu entraîner... Des étrangers: anglais, canadiens, australiens, russes, américains, sénégalais, algériens, marocains... ont mis leur vie en péril pour venir nous aider à lutter contre l'intolérance et la barbarie du nazisme. Saurons nous en tirer des leçons et à notre tour ouvrir les bras, sinon notre cœur? Deviendrons-nous un jour les «justes», dont nos enfants pourront être fiers?

Lyliane

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